Jeudi, le 12 février 2026

Des changements à venir dans le système monétaire international et une dédollarisation, dans un contexte de hauts niveaux d'endettement (dettes publiques et privées)

Par professeur Rodrigue Tremblayprofesseur émérite de l'Université de Montréal


« Lorsque chaque pays mit l'accent sur la protection de ses propres intérêts particuliers, l'intérêt public mondial s'est effondré, et avec lui les intérêts particuliers de tous. » Charles Kindleberger (1910-2003), historien économique américain, (dans son livre 'La dépression économique mondiale, 1929-1939', 1973.

« Nous faisons présentement face à une rupture, pas à une transition... Plus récemment, les grandes puissances ont commencé à utiliser l'intégration économique comme une arme. Les tarifs comme levier. L'infrastructure financière comme coercition. Les chaînes d'approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter. Vous ne pouvez pas vivre dans le mensonge du bénéfice mutuel grâce à l'intégration lorsque l'intégration devient la source de votre subordination... Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu. » Mark Carney (1965- ), économiste et Premier ministre du Canada, à Davos, en Suisse, le 20 janvier 2026.

« Pendant la Grande Dépression, au cours de laquelle j'ai grandi et dont je me souviens encore très clairement, le taux de chômage dépassait 25%, et dans ma région, il atteignait même plus de 35%. Un homme pouvait travailler 16 heures par jour pour seulement un dollar. Je me souviens de centaines de personnes qui passaient devant chez nous, venues du nord pour trouver un peu de chaleur. Ils venaient mendier à notre porte, même s'ils avaient fait des études supérieures. Les gens n'avaient pas d'argent. » Jimmy Carter (1924-2024), 39e président américain, (lors d'une entrevue dans le journal St. Louis Post-Dispatch, le 4 février, 2009.

Un an avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1944, les représentants d'une quarantaine de pays se sont réunis dans une ville américaine du New Hampshire et coopérèrent à la mise en place d'un nouveau système monétaire international fondé sur le dollar américain, convertible en un poids fixe d'or. (Note: les États-Unis possédaient alors 70% des réserves mondiales d'or.)

Ce système a perduré pendant 27 ans, pendant presque trois décennies de forte croissance économique mondiale, soit jusqu'en 1971, date à laquelle l'administration républicaine de Richard Nixon rompit unilatéralement le lien entre l'or et le dollar, faisant de ce dernier une monnaie fiduciaire, c'est-à-dire une monnaie entièrement basée sur la confiance accordée aux autorités monétaires américaines pour maintenir sa valeur relative.

Cinquante-cinq ans plus tard, en 2026, le monde est à nouveau confronté à la nécessité d'adapter le système monétaire international à de nouvelles réalités, mais sans la moindre coopération internationale. Au contraire, la présente administration Trump 2.0 n'a aucun scrupule à insulter, à provoquer et parfois même à menacer des pays alliés qui sont créanciers publics et privés du gouvernement fédéral américain. Attaquer ses prêteurs n'est pas généralement la chose la plus intelligente à faire !

I- Qu'est-ce que le système monétaire de Bretton Woods

Depuis la conférence de Bretton Woods de juillet 1944, 44 pays s'étaient accordés sur le principe que le dollar américain serait la principale monnaie internationale dans le système monétaire international d'après-guerre. Il devait cependant être adossé à l'or au taux d'un dollar pour 1/35 d'once d'or (une once d'or valant 35 dollars).

Les autres monnaies nationales devaient avoir un taux de change fixe par rapport au dollar étasunien, modifié uniquement en cas de déficits ou de surplus structurels dans leur balance des paiements, sous la surveillance du Fonds monétaire international (FMI), nouvellement créé. Par ailleurs, les banques centrales devaient acheter et détenir principalement des bons du Trésor américain dans leurs réserves officielles afin d'avoir les liquidités nécessaires pour stabiliser leurs monnaies.

II- Les raisons pour lesquelles un système monétaire international ancré sur un dollar fiduciaire a procuré aux États-Unis des avantages économiques exorbitants

Depuis de nombreuses années, le système monétaire international basé sur le dollar fiduciaire a procuré des privilèges exorbitants aux États-Unis.

En effet, dans un tel système, les États-Unis ne pouvaient pas faire face à un problème de balance des paiements puisqu'ils payaient leurs importations avec leur propre monnaie, qu'ils pouvaient imprimer à volonté.

Ce système a permis également au gouvernement américain de financer une partie de ses importants déficits budgétaires et de son énorme dette publique en vendant des bons et des obligations du Trésor libellés en dollars américains à des banques centrales étrangères, qui les détenaient comme réserves officielles, et à d'autres investisseurs étrangers.

Ces entrées nettes de capitaux créèrent une demande structurelle qui renforça le dollar américain sur les marchés des changes et apportèrent un soutien à la Réserve fédérale dans sa lutte contre l'inflation intérieure.

D'un point de vue géopolitique, un tel accès facile à l'épargne étrangère et aux dépenses en dollars a permis au gouvernement étasunien de déployer sa puissance militaire à l'échelle mondiale et de financer la construction de quelques 750 bases militaires dans le monde, avec la contribution des pays hôtes,

En contrepartie, l'utilisation d'une monnaie nationale au niveau international présente certains inconvénients pour un pays émetteur. Premièrement, la banque centrale américaine doit tenir compte du rôle international du dollar lors de l'élaboration de sa politique monétaire.

Deuxièmement, les entrées nettes de capitaux aux États-Unis ont maintenu le dollar surévalué et favorisé la consommation intérieure et les déficits commerciaux.

Troisièmement, du point du vue américain, les grandes entreprises américaines ont pu facilement tirer profit de leurs avancées technologiques, et financer des investissements productifs à l'étranger tout en rapatriant leurs profits internationaux au bénéfice des investisseurs américains.

Les critiques se sont cependant intensifiées à l'endroit d'un système monétaire international dominé par le dollar américain, lorsque le gouvernement étasunien se mit à instrumentaliser le système en imposant des sanctions financières, économiques et politiques aux pays qui refusaient de se plier à sa politique étrangère.

Par conséquent, il est prévisible dans les années à venir—et d'autant plus que l'administration Trump actuelle se montre de plus en plus hostile aux intérêts économiques des autres nations—que le monde s'éloigne progressivement d'un système monétaire international basé sur un dollar américain fiduciaire. Cela est d'autant plus probable que le président étasunien D. Trump souhaite ouvertement avoir un dollar déprécié, allant même jusqu'à déclarer qu'un dollar en baisse serait « merveilleux » !

Cependant, la conjugaison d'importants déficits budgétaires annuels et des pressions politiques pour contraindre la banque centrale à imprimer davantage de monnaie afin d'abaisser les taux d'intérêt nominaux à court terme pourrait générer une inflation galopante et une lente croissance économique, et ainsi plonger l'économie dans une longue période de stagflation.

III- Plusieurs banques centrales abaissent la proportion de leurs bons et obligations du Trésor américain dans leurs réserves officielles par rapport à l'or.

En 2025, les banques centrales du monde entier ont franchi un cap important. Pour la première fois en trente ans, en effet, leurs réserves d'or cumulées dans leurs réserves internationales ont dépassé leurs avoirs totaux en bons et obligations du Trésor américain. Ceci s'explique par le fait que le dollar américain est devenu, à travers les ans, une monnaie fiduciaire fortement endettée et soumise à une inflation persistante. Les réserves d'or, quant à elles, constituent une protection contre l'inflation et contre une dépréciation monétaire.

Le fait qu'environ un cinquième de l'or jamais extrait, soit près de 36 200 tonnes, est désormais détenu par les banques centrales est un signe que le monde évolue graduellement vers un système monétaire international davantage basé sur l'or. Ce chiffre n'était que d'environ 15 pourcent en fin 2023.

Les banques centrales se sont détournées des réserves en dollars américains sous la première administration Trump (2017-2021), mais cette diversification s'est accélérée depuis début 2025, sous la seconde administration Trump.

IV- Aux États-Unis et dans d'autres pays, des politiques budgétaires et monétaires délabrées pourraient déclencher une crise financière et un important ralentissement économique

Après la Grande Récession de 2008-2009 et la récession liée à la Covid-19, en 2020-2021, les taux d'intérêt nominaux ont été fortement abaissés, parfois en dessous du taux d'inflation, créant une période de taux d'intérêt réels négatifs. Un tel phénomène a incité les emprunteurs à s'endetter massivement. Les gouvernements, les entreprises et les ménages ont ainsi accumulé de fortes dettes, sans que la croissance économique réelle ni les revenus réels ne suivent.

L'expérience américaine s'est reproduite dans d'autres économies, en Europe et au Canada.

En effet, aux États-Unis, la politique budgétaire du gouvernement Trump est présentement en pleine déroute, avec un déficit fédéral annuel américain de près de 2000 milliards de dollars et un dette publique fédérale approchant les 39 000 milliards de dollars (ou 126% du PIB, en 2026), selon l'horloge d'endettement. Si l'on ajoute les 1000 millards de dollars de dettes publiques des états américains, la dette publique totale des États-Unis atteindra vraisemblablement 40 000 milliards de dollars, soit 129% du PIB, au cours de l'année 2026.

Au lieu de prendre des mesures concrètes afin de corriger une situation budgétaire insoutenable, le gouvernement Trump augmente plutôt les dépenses militaires, tout en voulant placer la Banque de la Réserve fédérale sous son contrôle direct, et tout en exerçant des pressions sur cette dernière pour qu'elle abaisse artificiellement les taux d'intérêt à court terme.

En bout de ligne, cela mine la confiance internationale dans le gouvernement étasunien et incite les autres pays à vendre une partie ou la totalité de leurs obligations et autres actifs libellés en dollars et à réduire leur dépendance vis-à-vis le système monétaire international et le dollar fiduciaire.

Cela contribue aussi à hausser les taux d'intérêt à moyen et à long terme aux É.-U., et à nuire à l'économie réelle, à l'emploi et aux bilans des banques, lesquelles sont confrontées à des défauts croissants de paiement et à des créances irrécouvrables. Tous les éléments pourraient donc se conjuguer pour causer une correction majeure des marchés financiers au cours des mois ou des années à venir, pas seulement aux É.-U. mais dans plusieurs autres économies.

V- Au plan international, les guerres économiques et commerciales du président étasunien présentement en poste sont une source d'instabilité et de ralentissement économique

Depuis le tout début de 2025, la seconde administration du président D. Trump a choisi de provoquer, d'une manière irresponsable, des conflits économiques et des 'guerres commerciales stupides', (voir The Wall Street Journal, 31 jan. 2025) avec les autres pays, y compris contre des pays alliés de longue date. C'est là une approche fort déplorable et très contre-productive.

En une seule année au pouvoir à Washington D.C., le magnat de l'immobilier devenu politicien Donald Trump a réussi à attaquer et à insulter la presque totalité des pays souverains de la Planète.

Il a commencé par antagoniser les pays voisins en Amérique du nord (Canada et Mexique). Il a fait en sorte, ensuite, d'indisposer les pays asiatiques, à commencer par la Chine. Son imagination débordante l'a amené à ressusciter la vieille doctrine Monroe de 1823 afin de se mettre toute l'Amérique du sud à dos, en volant leurs ressources naturelles.

Par après, pour ne pas être en reste, il a bombardé des pays en Afrique et au Moyen-Orient (la Somalie, le Nigéria, l'Iran, etc). Et la cerise sur le gâteau a été quand son document de politique étrangère a identifié les pays alliés de l'Europe dans l'OTAN comme étant des adversaires et menacé de s'emparer du Groenland sous la gouverne du Danemark par la force !

Encore quelques mois du régime Trump 2.0, et les États-Unis n'auront plus qu'un seul pays allié avec eux, Israël, et seront dans une plus ou moins sérieuse coupure avec les 191 autres pays.

Conclusions

On ne connaît pas combien il faudra d'années pour que le monde adopte un nouvel ordre mondial, fondé sur l'implantation d'un nouveau système monétaire international. La raison étant que cette fois-ci, tout se fait dans un contexte conflictuel et dans le désordre, plutôt qu'avec des études, des analyses et une coopération multilatérale.

Le régime politique étasunien de D. Trump semble s'être fixé comme objectif de ruiner la réputation des États-Unis dans le monde et d'accélérer le déclin de l'empire américain.

Toutefois, aux États-Unis, des efforts juridiques, constitutionnels et politiques, visant  à forcer la démission ou la destitution du président actuel, pourraient radicalement changer la trajectoire suivie par l'administration Trump 2.0 depuis janvier 2025.

Cependant, le mal est fait et la confiance dans le gouvernement américain est rompue. Cela signifie que, dans les années à venir, il existera au moins quatre façons de compenser les paiements internationaux : par le biais de l'ancien système basé sur le dollar toujours en place, avec de nouveaux mécanismes utilisant l'euro ou le yuan, et de plus en plus en recourant à la nouvelle monnaie internationale des BRICS, laquelle repose à hauteur de 40% sur l'or et à 60% sur un panier de devises nationales.

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Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

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Jeudi, le 15 janvier 2026

Le bilan d'un an du régime étasunien de Donald Trump : peu de réalisations, mais beaucoup de division, de destruction et d'agression

Par le professeur Rodrigue Tremblayprofesseur émérite de l'Université de Montréal

« Il est important... que les habitudes de pensée d'un pays libre inspirent la prudence à ceux qui sont chargés de son administration, qu'ils se limitent à leurs sphères constitutionnelles respectives, évitant d'empiéter sur les pouvoirs d'un département dans l'exercice de leurs fonctions. L'esprit d'empiétement tend à consolider les pouvoirs de tous les départements en un seul et à créer ainsi, quelle que soit la forme de gouvernement, un véritable despotisme.» George Washington (1732-1799), un père fondateur et le premier président américain (1789-1797), (dans un discours d'adieu, publié le 19 sept., 1796).

[Jeffrey Epstein] est d'une compagnie très agréable. On dit même qu'il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup d'entre elles sont plutôt jeunes... Donald Trump (1946- ), tel que rapporté dans un article dans la revue New York Magazine, le 28 octobre, 2002, "Jeffrey Epstein: international Moneyman of Mystery" .

« Le pouvoir tend à corrompre  et le pouvoir absolu corrompt absolument.» John Dalberg-Acton (1834-1902), historien et moraliste anglais, (dans une lettre à un évêque anglican, 1887).

Comment peut-on évaluer le bilan du régime étasunien de Donald Trump 2.0 quand, au cours de l'année écoulée, le président américain a violé plusieurs lois nationales et internationales et plusieurs traités, et rejeté tous les précédents, toutes les conventions, toutes les coutumes et tout bouleversé !

I- Depuis le 20 janvier 2024, le président américain Donald Trump (1946- ) a fait montre d'un caractère instable et prédateur et d'un jugement douteux

Après un an au pouvoir, l'homme d'affaires Donald Trump n'a pas montré les qualités que la plupart des gens souhaitent voir chez un chef d'État dans une démocratie : compétence, modération, honnêteté, fiabilité, jugement, compassion, humanisme, empathie, responsabilité, stabilité et un respect pour la vie humaine et pour la règle de droit.

Puisque Donald Trump ne semble posséder aucune de ces qualités, son caractère prédateur et violent, son égocentrisme démesuré, son manque d'éthique et de moralité, son ignorance et son incompétence font de lui un homme politique extrêmement dangereux.

Au cours des années, il s'est fait une réputation, auprès de nombreux psychiatres et psychologues, d'être une personnalité narcissique, tyrannique et instable, autrement dit une personne centrée sur elle-même et "qui prend plaisir à exercer son pouvoir ou son autorité de manière injuste et cruelle".

Ce qui le rend dangereux, comme sa directrice de cabinet l'a confié au magazine Vanity Fair, c'est que son patron a la "personnalité d'un alcoolique", qui n'a pas pleinement conscience des conséquences de ce qu'il dit ou fait. Il est aussi tellement peu sûr de lui-même qu'il a développé une soif d'éloges insatiable et infantile et qu'il est continuellement à s'auto-congratuler et à mentir.

· Son implication alléguée dans le scandale sexuel international de Jeffrey Epstein avec des jeunes filles mineures

Donald Trump a été accusé de dépravation sexuelle, en raison de ses accusations pour viol. Il a aussi entretenu une longue association avec son riche voisin et ami en Floride, Jeffrey Epstein, un criminel sexuel condamné pour avoir dirigé un important réseau international de traffic sexuel de mineures.

Une fois devenu président, (malgré qu'il ait promis de le faire en campagne électorale), M. Trump a refusé de rendre public les millions de pages dans les dossiers Epstein du ministère américain de la Justice. Une telle publication pourrait mettre en lumière son présumé rôle dans le système de racolage de mineures à des fins de prostitution mis en place par Jeffrey Epstein.

Le Congrès américain a adopté le 18 novembre 2025, une loi intitulée 'Epstein Files Transparency Act', laquelle oblige formellement le gouvernement Trump de rendre public tous les documents contenus dans les dossiers Epstein, un mois plus tard, mais sans grand succès.

Malgré la loi adoptée par le Congrès américain, il y a de fortes chances que l'implication de Donald Trump dans le scandale ne soit jamais formellement connue. L'Administration Trump 2.0 pourrait détruire les preuves ou les retenir indéfiniment, tout en lançant des guerres à l'étranger pour faire diversion.

II- Les abus de pouvoir et la censure étatique contre la liberté d'expression

Le président étasunien a abusé de son pouvoir dans de nombreux domaines, notamment en ce qui concerne l'indépendance du ministère de la Justice. Il a même nommé son propre avocat au poste de procureur général adjoint au sein du ministère.

Il a également instrumentalisé le système juridique et judiciaire américain et le gouvernement américain en entier, en lançant des accusations arbitraires contre des personnes considérées comme ses 'ennemis politiques' présumés, aux frais des contribuables, pour se venger et pour les punir.

Par ailleurs, Donald Trump a également abusé du pouvoir présidentiel de gracier des criminels. Il a commué les sentences de centaines de sympathisants condamnés par la justice, dont certains sont des donateurs politiques, tandis que d'autres sont très proches des intérêts financiers de son entreprise privée et des entreprises de sa famille immédiate. (N. B.: Il a ordonné par décret plus de 1 500 annulations de condamnations par des cours de justice en une seule année, un record absolu).

· En matière d'immigration, il est vrai qu'un pays a le droit de sélectionner ses immigrants. La manière cependant dont le gouvernement Trump a lancé des poursuites cruelles contre des personnes vivant déjà aux États-Unis a suscité l'indignation.

En effet, faire arrêter des personnes par des hommes de main armés et masqués, puis de les enfermer dans des cages servant de camps de concentration, que ce soit dans le pays ou à l'étranger sont des actes cruels, digne d'un État policier. Certains Américains ont même été tués par la police d'immigration étatsunienne (ICE) d'une manière horrible.

Il faut comprendre que de nombreux éléments du programme politique radical de D. Trump, et le fait de recourir à des tactiques autoritaires pour intimider ses victimes, sont tirés d'un document de 920 pages intitulé « Projet 2025 », (également connu sous le nom de Projet de transition présidentielle 2025). Il s'agit d'un plan pour transformer en profondeur le gouvernement fédéral américain. En effet, l'objectif central du plan est de « proposer un programme de gouvernement, non seulement pour janvier prochain (2025), mais pour des années à venir ».

Fidèle à son approche égocentrique et autocratique de la politique, et contrairement aux présidents américains précédents, le président D. Trump ne se considère pas le président de tous les Américains, mais seulement de ceux ou celles qui adhèrent à sa vision politique. C'est pourquoi il attise la haine et suscite la peur, et il encourage des divisions profondes dans son pays.

De plus, sans tenir compte du premier amendement de la Constitution américaine, le président D. Trump se comporte souvent comme s'il voulait nier la liberté d'expression de ses adversaires politiques.

En effet, Trump a fait, à répétition, des remarques désobligeantes et lancé des insultes et des menaces, dignes d'un chef de la mafia, contre des journalistes, des intellectuels, des artistes et des présentateurs de télévision, qui osent le critiquer, lui ou son équipe, niant ainsi leur droit fondamental à la liberté d'expression.

Ce fut notamment cas des poursuites judiciaires ou d'autres formes de pression et de menaces concernant les licences d'opération qu'un président Trump égocentrique et ses acolytes ont lancées contre des médias américains, pour qu'ils congédient des humoristes qui leur déplaisent, dans le but de les intimider et de les réduire au silence.

III- Les attaques de D. Trump contre la constitution américaine et sa corruption politique

Les États-Unis ont une excellente constitution, conçue de manière à empêcher des despotes, des tyrans et des intérêts particuliers de s'emparer du gouvernement. Cela a été fait en consacrant dans celle-ci le principe de la séparation des pouvoirs et celui d'un système de freins et de contrepoids entre les différentes composantes du gouvernement.

Ce sont là des protections constitutionnelles que D. Trump, depuis son inauguration de janvier 2025, a vite fait de fouler aux pieds, et il a centralisé la plupart des leviers de pouvoir politique à la Maison Blanche.

Ce faisant, D. Trump a. montré son intention de ne point respecter son serment officiel de « préserver, protéger et défendre la Constitution des États-Unis».

· La corruption politique du gouvernement de D. Trump atteint des niveaux inégalés

Le Journal New York Times a fait une recherche sur l'étendue de la corruption politique de Donald Trump. À titre d'exemple, le journal a analysé comment, après l'élection de 2024, quelques 346 donateurs de D. Trump ont bénéficié d'avantages de l'administration Trump 2.0, en échange de contributions monétaires totalisant plus de 500 millions de dollars.

Tout semble indiquer que le politicien Trump est le président le plus corrompu de l'histoire des États-Unis.

IV- Comment la cour Suprême américaine a joué un rôle dans la chute de la démocratie aux États-Unis

En juin 2008, en janvier 2010 et en juillet 2024, une majorité de la Cour Suprême américaine a rendu trois importantes décisions constitutionnelles. 

a- Dans le premier cas, la décision portait sur un droit personnel limité de porter des armes en public, afin d'être en mesure de « joindre une milice bien organisée ». En effet, le deuxième amendement de la Constitution américaine se lit comme suit : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé. »

Or, dans un jugement rendu le 26 juin 2008 District of Columbia v. Heller, une majorité républicaine de 5 juges contre 4 interpréta plutôt le droit individuel de posséder et de porter des armes comme étant un droit presqu'absolu. En effet, la majorité républicaine y substitua l'objectif d'une « défense légitime à l'intérieur d'un domicile » à l'objectif de pouvoir joindre une « milice bien organisée », ce qui a élargi considérablement le droit de posséder et de porter des armes.

b- Dans le deuxième cas, dans un jugement rendu le 21 janvier 2010, encore par une majorité de 5 juges contre 4 Citizens United v. FEC, la décision concernait le droit des sociétés et des syndicats de dépenser des sommes d'argent presque illimitées lors des élections, selon l'argument que 'dépenser de l'argent' était une «  forme d'expression ». Ce droit ne doit pas être réservé aux seuls citoyens ayant droit de vote, mais doit, selon la Cour être étendu à des organisations légalement constituées. Cependant, l'argent en politique est beaucoup plus qu'un simple 'expression', c'est surtout un instrument pour accéder au pouvoir politique et pour influencer les gouvernements élus.

c- En troisième lieu, le 1er juillet 2024, la Cour Suprême étasunienne a rendu une décision historique, très favorable à l'actuel occupant de la Maison Blanche.

En effet, divisée par 6 voix contre 3, elle a statué, dans l'affaire Trump contre les États-Unis, qu'un président américain en exercice bénéficiait d'une large immunité contre des poursuites pour des actes criminels commis dans l'exercice de ses fonctions, violant ainsi le principe ancestral selon lequel « nul n'est au-dessus des lois ». N'oublions pas non plus que Donald Trump est le seul ancien président ou président en exercice des États-Unis à avoir été reconnu coupable de crimes graves.

[N.B. : Parmi les neuf juges actuellement en fonction à la Cour Suprême des États-Unis, six ont été nommés par un président républicain et trois ont été nommés par un président démocrate.]

V- Une politique économique isolationniste et protectionniste envers les autres pays

En termes de politique économique internationale, le président Trump privilégie les pouvoirs réglementaires et des taxes unilatérales et arbitraires à l'importation. Son objectif semble de vouloir démanteler le système économique mondial, établi au cours des 80 dernières années, soit depuis 1945, et de le remplacer par un système unilatéral et isolationniste.

Pour concrétiser cette vision, le 2 février 2025, le président D. Trump a lancé une guerre commerciale contre la plupart des pays commerçants du monde, y compris contre des pays voisins ayant conclu des accords commerciaux de longue date avec les États-Unis. Il invoque de nombreux prétextes pour justifier l'imposition unilatérale et arbitraire de taxes douanières élevées sur les importations en provenance de divers pays et pour contourner les lois nationales existantes, par décret.

VI- Les agressions militaires de Donald Trump contre des pays souverains

Côté défense, le président Trump a signé un "décret" le 6 septembre 2025 pour changer le nom du ministère de la Défense américain en celui de « département de la Guerre ». Une telle appellation guerrière pourrait mieux représenter son idée que « la force fait loi » et justifier ses excursions militaires à l'intérieur et à l'étranger.

Le 3 janvier 2026, D. Trump a utilisé l'armée américaine pour lancer une guerre illégale et non déclarée contre le pays souverain du Vénézuéla. Le but était de semer le chaos, de priver le pays de ses importantes réserves de pétrole, les plus importantes au monde, et d'empêcher la Chine d'acheter du pétrole vénézuélien, ce qui constitue un casus belli.

Cela fait sept pays que le gouvernement américain sous Trump a bombardés illégalement en une seule année : la Somalie, le Nigéria, l'Iran, le Yémen, l'Iraq, la Syrie et le Vénézuéla.

D. Trump voit le monde avec les yeux d'un potentat du 19e Siècle, quand une poignée d'empires militarisés recouraient à l'arnaque pour se partager le monde entre eux, à la pointe du fusil.

Sous son joug, il n'est pas surprenant que les États-Unis se retrouvent aujourd'hui classé parmi les pays que se situent tout en bas de liste dans le classement mondial des pays pacifiques, selon un récent rapport de l'Institut pour l'économie et la paix (IEP).

Conclusions

Il devrait être évident aujourd'hui, après une première année d'un second mandat plus extrémiste et chaotique que le premier, que Donald Trump est un individu qui est hors de contrôle, impulsif et irresponsable et qui semblerait être inapte à occuper un poste élevé d'autorité et de prise de décision à la tête d'un gouvernement.

En effet, après une année complète au pouvoir, force est de constater que Donald Trump a été un agent de division à l'intérieur de son pays et de chaos et de destruction à l'étranger. Il a influencé négativement la vie de millions d'Américains et d'habitants des autres pays, et certains y ont laissé leur vie.

Sous Trump, on observe aux États-Unis un climat général de décadence morale. Cela va de l'établissement de camps de concentration jusqu'au recours à des interventions militaires illégales contre plusieurs pays, afin de les intimider et de s'approprier leurs ressources naturelles. Cela équivaut à un comportement prédateur et, moralement parlant, à du vol qualifié.

Au plan économique, les politiques du gouvernement Trump depuis le 20 janvier 2025 sont interventionnistes, isolationnistes, impérialistes et colonialistes. Elles sont souvent improvisées, malavisées et perturbatrices.

C'est pourquoi, la conclusion générale est que sous le régime autocratique de Donald Trump, le gouvernement fédéral américain et ses politiques sont de facto devenus une menace sérieuse et un danger pour les citoyens américains imbus de démocratie et pour le monde civilisé.

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 : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

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 Mercredi, le 22 octobre 2025

La guerre entre la Russie et l'Ukraine se tramait depuis 1991

Par le Professeur Rodrigue Tremblay

(Auteur du livre géopolitique « Le nouvel empire américain »de son livre sur la moralité « Le Code pour une éthique globale » et de son livre historique « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 »)


PRÉFACE


La guerre en Ukraine est une guerre insensée qui n'aurait pas dû se produire avec un minimum de jugement, de compréhension et de diplomatie. 


L'Ukraine est un pays-tampon entre la Russie et les pays de l'OTAN, armés par les États-Unis.


De nombreux politiciens et journalistes semblent avoir oublié les véritables causes historiques de la guerre en Ukraine. 


En 1991, après la chute de l'Union soviétique, l'administration américaine de George H. Bush a assuré à la Russie que l'OTAN ne s'étendrait « pas un pouce » vers l'Europe de l'Est, à condition que la Russie ne s'oppose pas à la réunification des deux Allemagnes.


L'Allemagne a été réunifiée, mais les administrations américaines qui ont suivi ont rapidement commencé à étendre l'OTAN en direction de la Russie.


Après un coup d'État qui renversa le gouvernement ukrainien élu et pro-russe, en février 2014, il fut même décidé d'intégrer l'Ukraine, une ancienne république de l'URSS, à l'OTAN. Cela faisait partie d'un plan néoconservateur américain visant à encercler la Russie afin de l'affaiblir géo-politiquement, militairement et économiquement.


Cependant, cela équivalait à violer une ligne rouge du gouvernement russe, car ce dernier ne pouvait accepter la présence de missiles de l'OTAN à ses frontières, tout comme, en 1962, l'administration américaine du président John F. Kennedy refusa la présence de missiles soviétiques à Cuba, à 145 kilomètres des États-Unis.


Face à l'échec de tous les efforts pour inverser la politique d'encerclement, y compris une ultime tentative diplomatique en décembre 2021, la Russie décida d'envahir militairement et illégalement les régions russophones de l'Ukraine contiguës à son territoire.


En somme, si on considère toutes les décisions qui ont mené à cette guerre, il est difficile d'en arriver à une autre conclusion que celle que ce fut une guerre provoquée.


L'article qui suit, plus détaillé, a été publié en mars 2022.

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« Je pense que c'est le début d'une nouvelle guerre froide... Je pense que les Russes vont progressivement réagir assez négativement et cela affectera leur politique. Je pense que c'est une erreur tragique. Il n'y avait aucune raison à cela. Personne ne menaçait personne d'autre. Cet élargissement ferait se retourner les Pères fondateurs de ce pays dans leurs tombes. Nous nous sommes engagés à protéger toute une série de pays, même si nous n'avons ni les moyens ni l'intention de le faire sérieusement. »

George F. Kennan (1904-2005), diplomate et historien américain, dans le New York Times, 2 mai 1998, à propos de l'expansion américaine de l'OTAN (dans une interview avec Thomas L. Friedman).


« Le but de l'OTAN [est] de garder les Russes à l'extérieur [de l'Europe], les Américains à l'intérieur et les Allemands en bas. »

Hastings L. Ismay (1887-1965), premier Secrétaire général de l'OTAN (1952-1957).


« Nous [le Département d'État] avons investi plus de 5 milliards de dollars pour aider l'Ukraine à atteindre ces objectifs et d'autres qui assureront une Ukraine sûre, prospère et démocratique. »

Victoria Nuland (1961- ) sous Secrétaire au Département d'État, 13 déc. 2013.


« L'Alliance de l'Atlantique Nord, malgré toutes nos protestations et nos préoccupations, ne cesse de s'étendre... En dépit de tout cela, en décembre 2021, nous avons tenté une nouvelle fois de parvenir à un accord avec les États-Unis et leurs alliés sur les principes de la sécurité en Europe et au non élargissement de l'OTAN. Tout a été en vain...

Pour les États-Unis et leurs alliés, il s'agit d'une politique dite d'endiguement de la Russie, d'un dividende géopolitique évident. Pour notre pays, c'est en fin de compte une question de vie ou de mort, la question de notre avenir historique en tant que Nation. »

Vladimir Poutine (1952- ), Discours à la Nation, mercredi 23 fév. 2022.



Lguerre d'agression illégale et tragique qu'a lancée la Russie (146 millions d'h.) contre l'Ukraine (44 millions d'h.), un pays voisin, le 24 février 2022, a suscité beaucoup d'émotions et de réactions en Occident, et avec raison.


La plupart des gens aimeraient bien que les conflits internationaux se règlent par la diplomatie, ou à tout le moins, par le recours à un arbitrage entre les parties. Pour le plus grand malheur de l'humanité, ce n'est pas encore le cas. Il est inadmissible que des guerres d'agression sévissent encore de nos jours. En bout de ligne, ce sont les gens ordinaires, les pauvres et les jeunes, en particulier, qui finissent par payer, souvent  de leur vie, pour les erreurs et les échecs de supposés 'leaders'.


Malheureusement, il semblerait qu'il n'y ait plus aujourd'hui d'arbitre crédible dans le monde pour éviter les conflits militaires, à une époque où les armes sont de plus en plus meurtrières et destructrices.


Cela soulève plusieurs questions.


Est-ce que l'Europe, laquelle fut un immense champ de bataille dans la première moitié du 20e siècle, peut le redevenir au 21e siècle ? Est-ce que les États-Unis qui contrôlent l'OTAN ont poussé trop loin l'expansion de cette alliance vers l'Europe de l'Est et la Russie ? Pourquoi les institutions de paix dont le monde s'était doté après la Seconde Guerre mondiale semblent avoir dépéri au point d'être incapable d'éviter les guerres ? Est-il encore possible de réformer de telles institutions afin d'éviter que le monde ne retombe dans les travers des siècles passés ?


Compte tenu de la complexité de la réalité et des intérêts divergents en cause, il serait peut-être utile d'essayer d'identifier les principales raisons de cette détérioration de l'ordre international, au cours de plus d'un quart de siècle, spécialement depuis l'effondrement de l'Union soviétique, en décembre 1991.


• Le danger de répéter les erreurs du passé et d'isoler des pays de la vie internationale


La politique risquée de la corde raide, laquelle consiste à isoler, humilier et menacer des pays étrangers, est une approche très dangereuse dans les relations internationales. C'est une telle politique qui fut menée contre l'Allemagne par la France et les autres pays membres de la coalition appelée Forces de l'Entente, après la Première Guerre mondiale (1914-1918). Elle visait à soutirer de lourds paiements de réparation à l'Allemagne. Cela engendra un climat d'animosité qui créa les conditions qui finalement menèrent à la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).


Aujourd'hui, le monde est à nouveau confronté à une guerre européenne entre la Russie et l'Ukraine, une guerre qui aurait due être évitée, avec un peu plus de bonne volonté, de leadership et de sagacité. Cette guerre d'agression illustre bien aussi, comment l'humanité risque de retourner à la situation géopolitique qui prévalait avant la Seconde Guerre mondiale.


C'était une époque où la Société des Nations était inopérante, un peu comme le sont aujourd'hui les Nations Unies. C'était aussi une période au cours de laquelle d'importantes nations furent humiliées, au cours des années qui suivirent la Première Guerre mondiale. Ces dernières entretenaient des ressentiments à l'endroit des pays vainqueurs, lesquels à leurs yeux ne songeaient qu'à leurs propres intérêts.


Rappelons que les Nations Unies ont été crées en 1945 pour prévenir les guerres. Mais au 21e siècle, les guerres d'agression sont encore courantes. Seulement au cours des derniers vingt ans, le monde a vu deux guerres d'agression illégales importantes, selon la Charte de l'ONU : l'invasion de l'Irak le 20 mars 2003 par les É.-U. et l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février dernier.


Cela est peut-être la preuve que le système politico-légal, mis en place en 1945 pour prévenir les guerres, ne fonctionne pas, à un moment dans l'histoire de l'humanité où une guerre impliquant des armes nucléaires pourrait être plus que catastrophique.


• La mentalité qui prévaut aujourd'hui au département d'État et à celui de la Défense aux États-Unis est des plus dangereuse


En effet, les analystes et les décideurs au département d'État et au Pentagon américains recourent souvent à des jeux de guerre pour créer des simulations de stratégies militaires d'action-réaction à l'aide d'ordinateurs, comme si la politique étrangère était une sorte de jeu de vidéo. Cela laisse peu de place à la pensée rationnelle, aux sentiments humains et à l'imagination.


Le fait même de s'appuyer sur de tels « jeux de guerre informatisés » est très dangereux, car cette usage d'ordinateurs programmés pourrait conduire à d'énormes erreurs dans la vie réelle, étant donné qu'ils peuvent présenter des hostilités militaires destructrices comme étant triviales et sans conséquence.


• L'OTAN comme  un substitut aux Nations Unies


Après la chute de l'URRS, en 1991, certains soi-disant « penseurs » du gouvernement américain ont vu une occasion de placer le gouvernement américain en position d'être le seul arbitre des relations étrangères internationales dans le monde, dans l'après-guerre froide. Ils considéraient les Nations Unies comme un organe encombrant où cinq pays (les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France) dominaient le Conseil de sécurité de l'ONU, avec leur droit de veto.


L'idée fut de recourir davantage à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), une organisation supposément « défensive » et créée en 1949 pour le maintien de la paix en Europe, dans le but de contrer la menace posée alors par l'Union soviétique. On pensa, sans doute à juste titre, que l'OTAN serait plus favorable que l'ONU aux interventions américaines en ce monde. Cependant, contrairement à l'ONU, l'OTAN est une machine de guerre, qui n'a aucun mécanisme légitime pour ramener la paix lorsqu'elle est menacée.


Même si le gouvernement américain a souvent eu dans le passé le soutien des Nations Unies pour ses interventions à l'étranger, humanitaires comme militaires – la guerre de Corée (1950-1953) en fut un bon exemple – les choses ont changé en 1999. À cette date, l'administration du président Bill Clinton a lancé une campagne de bombardement de la Yougoslavie, sous le drapeau de l'OTAN, mais sans l'autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU. C'était un précédent.


Depuis cette décision fatidique, toutes les interventions militaires américaines à l'étranger ont eu lieu sous le couvert de l'OTAN, et non pas sous celui des Nations Unies et de sa Charte. Et c'est là où le monde se retrouve aujourd'hui.


• Pourquoi la Russie assiégée est dans une position semblable à l'Allemagne vaincue dans les années '30


Le choc de l'après chute de l'Union soviétique ressemble pour la Russie à ce qu'a été pour l'Allemagne le choc subi après sa défaite lors de la Première Guerre mondiale. Dans les deux cas, il s'est agi de populations soumises à des influences extérieures qui ont perduré pendant plusieurs années. Les intérêts de ces deux pays furent ignorés dans le nouvel ordre international.


Dans le cas qui nous concerne, l'après chute de l'Union soviétique soulevait deux questions fondamentales. La première, que devenaient les deux alliances de défense militaires qu'avaient été le Pacte de Varsovie de 1955 et l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) de 1949, toutes deux des organisations d'assistance mutuelle, principalement militaire, l'une dressée contre l'autre, en période de Guerre froide (1945-1989) ? La deuxième : comment réaliser la réunification de l'Allemagne de l'Ouest et de la République démocratique allemande (RDA) ?


D'un point de vue géopolitique, ces deux questions étaient liées, surtout du point de vue de la Russie. Ce dernier pays a le souvenir historique d'avoir été envahi par deux grandes armées, celle de la France sous Napoléon, en 1812, et celle de l'Allemagne sous Hitler, en 1941.


La chute de l'Union soviétique signifia la dissolution automatique du Pacte de Varsovie. Allait-il en être de même de l'OTAN ? Pas nécessairement.


En effet, pour le gouvernement américain, l'OTAN était sa principale source d'influence en Europe occidentale. Contenir l'Union soviétique n'était pas le seul objectif de la création de l'OTAN. Par conséquent, le gouvernement étasunien de George H.W. Bush et son secrétaire d'État, James Baker, n'avaient aucune intention de démanteler l'OTAN.


Du côté russe, la position était, si l'OTAN continuait d'exister en tant qu'alliance militaire, défensive ou offensive, qu'il était primordial qu'elle s'engage à ne pas s'étendre vers l'Europe de l'Est et à ne pas menacer la Russie.


Des documents déclassifiés existent qui montrent que le gouvernement de George H. W. Bush, par l'entremise de son secrétaire d'État James Baker, et les gouvernements des principaux pays membres de l'alliance, étaient disposés à promettre au gouvernement russe que l'OTAN n'allait pas s'étendre vers l'Europe de l'Est, en autant que le gouvernement russe accepte la réunification des deux Allemagne (1990-1991). L'histoire a retenue l'expression imagée de James Baker du 9 février 1990, à l'effet que l'OTAN ne s'élargirait « pas d'un pouce vers l'Est ».


• L'influence grandissante des néoconservateurs (néocons) dans la politique extérieure des États-Unis


L'orientation de la politique étrangère américaine se transforma profondément dans les années '90, notamment sous l'administration démocrate de Bill Clinton (1993-2001), et encore davantage sous l'administration du républicain George W. Bush (2001-2009). 


Même si le président George H.W. Bush réprouvait l'excentricité guerrière des néoconservateurs, du moins ceux qui œuvraient dans le gouvernement, en les qualifiant de « cinglés dans le placard », un petit groupe d'entre eux réussirent néanmoins à dominer la politique étrangère américaine, par après. C'est leur vision qui a servi de base idéologique au 'Nouvel empire américain' (aussi le titre d'un livre que j'ai publié, en 2004).


Le mantra hégémonique des néocons est très simple : les États-Unis devaient tirer profit de la disparition de l'Union soviétique et de sa puissance militaire sans précédent pour imposer une « Pax Americana » semblable à la Pax Romana sous l'Empire romain.


En bref, les États-Unis devaient tirer avantage de leur statut d'hyper puissance militaire incontestée dans un monde unipolaire, en adoptant une politique extérieure très interventionniste et en mettant la priorité sur la « grandeur nationale ». Et surtout, ils rejetaient toute politique d'accommodement et de détente avec la Russie, comme ils l'avaient déjà préconisé face à l'URSS.


Armées de la doctrine néoconservatrice, les administrations américaines des présidents Bill Clinton et suivants ont plus ou moins suivi ses dictats. En particulier, elles ont délaissée l'ONU en tant qu'arbitre de la paix dans le monde, et elles se sont servies plutôt de l'OTAN pour imposer une Pax Americana.


• Le coup d'état qui renversa le gouvernement ukrainien, en 2014


Un fait important à souligner. En 2014, il y eut un coup d'État en Ukraine qui renversa le gouvernement pro-russe du président Viktor Ianoukovitch, élu quatre ans plus tôt, avec un fort appui de la population russophone de l'est du pays.


Comme la citation ci-haut de la sous-secrétaire d'État américaine aux Affaires européennes, Victoria Nuland, l'indique bien, le gouvernement américain a soutenu les manifestations antigouvernementales en Ukraine —à coup de milliards de  dollars.


Ainsi, un mouvement baptisé de 'Révolte du Maidan' débuta avec des manifestations pacifiques, à Kiev, le 21 novembre 2013, en protestation contre le gouvernement ukrainien en poste et son refus de signer un accord commercial bilatéral avec l'Union européenne. Cependant, les choses s'envenimèrent quand les protestations initialement pacifiques tournèrent à la violence, en février 2014. Malgré des élections prévues pour mai de la même année, le parlement ukrainien destitua sommairement le président en poste et forma un nouveau gouvernement.


Cet épisode peut aider à comprendre la tournure future des évènements en Ukraine.


• La guerre entre la Russie et l'Ukraine est en grande partie le résultat de l'encerclement militaire progressif de la Russie par l'OTAN


Depuis 1991, la Russie s'est opposée avec véhémence à une expansion en Europe de l'Est de l'OTAN et a demandé des garanties de sécurité pour que ce ne soit pas le cas.


À l'origine, en 1949, l'OTAN ne comptait que douze pays membres : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, l'Islande, l'Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni.


Par la suite, quatre autres pays sont venus se joindre aux membres fondateurs : la Grèce et la Turquie (1952), l'Allemagne (1955) et l'Espagne (1982).


Néanmoins, après la chute de l'Union soviétique et malgré les promesses faites par l'administration de George H.W. Bush et par d'autres gouvernements, des gouvernements américains successifs ont accepté l'expansion de l'OTAN, notamment en Europe de l'Est, de sorte qu'aujourd'hui, avec ses trente membres, l'OTAN a presque doublée sa taille du début.


À titre d'exemple, à partir de 1999, l'administration Clinton a accepté que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque rejoignent l'OTAN. En 2002, George W. Bush a accepté que sept autres pays de l'Est (la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie) rejoignent aussi l'OTAN. En 2009, ce fut au tour de l'Albanie et de la Croatie d'adhérer. Les dernières adhésions à l'OTAN ont été le Monténégro, en 2017, et la Macédoine du Nord, en 2020.


Les choses se sont fortement envenimées quand, en décembre 2014, le parlement ukrainien a voté la renonciation à son statut de pays non-aligné, une mesure alors sévèrement condamnée par la Russie. L'Ukraine a exprimé, à plusieurs reprises, son souhait de rejoindre l'alliance militaire. Plus récemment, en 2021, l'Ukraine — une ancienne république soviétique devenue indépendante en 1991 — est devenue officiellement candidate à l'adhésion à l'OTAN. Le reste appartient à l'histoire.


• Conclusion


En ces temps troublés, et pour éviter que le monde ne tombe dans l'abîme, une autorité morale extérieure devrait s'interposer. Peut-être devrait-on inviter, soit le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, ou le Pape François, à servir de conciliateur, afin d'arrêter la guerre en cours entre la Russie et l'Ukraine, avant que tout ne dégénère en une guerre mondiale.


Par après, le monde ferait mieux de retrouver l'esprit de 1945 et de s'atteler à la tâche de réformer ses  institutions internationales pour qu'elles soient réellement capables d'empêcher des guerres destructrices, non pas en théorie mais en pratique.

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On peut contacter le Professeur Rodrigue Tremblay à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

Site internet de l'auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com

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Mis en ligne mardi, le mercredi, le 22 octobre 2025, (initialement publié le 2 mars 2022)

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