Le jeudi, 12 janvier 2023

Pourquoi l'humanité tolère encore la tragédie des guerres au 21e siècle ? Un tour d'horizon

Par Rodrigue Tremblayprofesseur émérite de sciences économique et ancien ministre de l'industrie et du commerce québécois, et auteur du livre « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 », Fides, 2018

« Les querelles ne dureraient pas longtemps, si le tort n'était que d'un côté » La Rochefoucauld (François de) (1613-1680) (1911-2010), (Maxime 496, 1665).

« En recourant à la tromperie, tu feras la guerre. » Mot d'ordre des Services secrets israéliens du Mossad.  (N.B.: Une phrase tirée de la Bible, Proverbes 24:6).

« La guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires. » Georges Clemenceau   (1841-1929), Premier ministre français, 1906-1909 et 1917-1920, (dans 'Soixante années d'histoire française, 1932).

« ... Seulement une population alerte et avertie peut forcer le bon maillage de l'énorme machine de défense industrielle et militaire avec nos méthodes et objectifs pacifiques, afin que la sécurité et la liberté puissent prospérer ensemble.» Dwight D. Eisenhower (1890-1969), 34è président des États-Unis, (1955-1961).

« Les aboiements de l'OTAN à la porte de la Russie [avant le déclenchement de la guerre en Ukraine par la Russie, le 24 fév. 2022) ont provoqué la réaction du Kremlin. Je ne sais pas si la colère (de la Russie) a été provoquée, mais y a contribué, possiblement oui. » Le Pape François I (Jorge Mario Bergoglio) (1936-) (dans un interview au journal italien Il Corriere della Sera, le 3 mai 2022).

« Le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours mauvais, même lorsqu'ils exercent leur influence et non leur autorité: c'est encore plus vrai quand vous ajoutez la forte tendance ou la certitude de la corruption par l'autorité. » Lord Acton (John E. Dalberg) (1834-1902), (dans une lettre à l'évêque Bishop Creighton, le 5 avril 1887).

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Addendum: (le jeudi, 26 janvier 2023)

Dans les circonstances, avec l'escalade de la guerre en Ukraine, il serait utile et souhaitable que le Secrétaire générale des Nations Unies, M. António Guterres, convoque une session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies, afin de débattre de la question de la paix dans le monde, eu égard au grand risque que le pourrissement de la guerre en Ukraine fait présentement courir à l'humanité.

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Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), il y a eu de nombreuses guerres civiles et plusieurs conflits militaires régionaux importants entre deux ou plusieurs pays, mais aucun n'a dégénéré en une guerre mondiale générale, impliquant l'ensemble des pays les plus lourdement armés. Les guerres régionales les plus graves ont été la guerre de Corée (1950-1953), la guerre du Vietnam (1955-1975), la guerre d'Irak (2003-2011), la guerre de Syrie (2011- ) et la guerre en Ukraine (2022- ).

En effet, la guerre en Ukraine, neuf ans après le renversement du gouvernement ukrainien élu, en février 2014, et près d'un an après l'invasion militaire russe, le 24 février 2022, ne montre aucun signe d'apaisement. Au contraire, le risque existe que ce conflit par procuration entre grandes puissances puisse un jour dégénérer en une guerre mondiale nucléaire.

Dans un tel contexte, il est peut-être approprié d'identifier les raisons pour lesquelles, en ce 21e siècle, le monde est toujours menacé par des guerres meurtrières et destructrices.

On doit chercher dans les tendances fondamentales de la nature humaine, dans des échecs institutionnels majeurs et dans les facteurs géopolitiques pour trouver quelques explications derrière ces guerres multiples.

En effet, ce sont là les principales sources des guerres d'agression et des guerres par procuration que l'on observe encore de nos jours.

• La nature humaine : les instincts guerriers comme causes des guerres

Il existe des penchants humains vers le contrôle, la conquête, la domination et l'exploitation, lesquels ont souvent été déclencheurs de conflits et de guerres entre les peuples.

Il y a là peut-être une première explication pour laquelle des pays ont souvent à leur tête des individus qui n'hésitent point à recourir à la violence pour atteindre leurs fins ou pour accroître leur pouvoir : des rois, des empereurs, des dictateurs, des autocrates ou des va-t'en guerre extrémistes, même dans les sociétés dites civilisées.

Si les guerres entre les hommes relèvent de la nature humaine, il faudrait, pour échapper à un tel atavisme, que la civilisation repose davantage sur des principes humanistes de base et sur des règles et des lois démocratiques, de manière à freiner la tendance de certains États autocratiques ou oligarchiques à dominer les autres peuples.

• Les tentatives pour prévenir les guerres, à partir de principes moraux ou par la coopération internationale

La doctrine de la guerre juste

À la suite des travaux philosophiques de Augustin d'Hippone (354-430) et de Thomas d'Aquin (1225-1274), parmi les auteurs religieux les plus connus de la doctrine de la guerre juste (jus ad bellum), il y a eu plusieurs tentatives d'introduire une certaine moralité et une certaine équité, sinon davantage de justice, dans les guerres et la violence militaire entre les états.

Pour être « morale », en effet, une « guerre juste », selon ces auteurs, ne doit pas être préventive mais être essentiellement défensive, c'est-à-dire qu'elle doit reposer sur l'autodéfense, et viser à défendre la paix d'une nation contre de graves torts, en plus d'être un moindre mal en comparaison avec les alternatives, et ne survenir qu'après que toutes les options diplomatiques aient été épuisées.

Pour les théoriciens de la guerre juste à travers les âges, celle-ci doit répondre à un certain nombre de critères, tels que reposer sur une cause juste (comme protéger la vie de personnes innocentes), viser à une paix juste et durable, être menée par une autorité légitime, en plus d'être proportionnelle quant aux moyens employés, et n'être entreprise seulement en dernier recours.

Inutile de mentionner, qu'en l'absence de moyens concrets pour empêcher les guerres d'agression, de conquête ou autres, la doctrine de la guerre juste n'a guère empêché les guerres d'agression d'avoir lieu, après sa formulation.

Eh effet, quand des dirigeants peu scrupuleux et arrogants font leur la loi de la jungle dans les relations internationales, cela mène à l'application de la règle dictatoriale selon laquelle  « la force prime le droit ».

La société des Nations

La Société des Nations a été crée dans la première partie du 20e siècle, à Genève, en Suisse, le 10 janvier 1920, par 41 États membres, lesquels représentaient 70 pourcent de la population mondiale. Il s'agissait d'une tentative multilatérale d'empêcher une répétition de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et de « réaliser la paix et la sécurité internationales ».

Avant la Première Guerre mondiale, le système international pour le maintien de la paix et la stabilité était très primitif. Il reposait sur quelques alliances militaires, lesquelles regroupaient un certain nombre de pays. Ces alliances étaient supposément conçues pour protéger les petits États et se voulaient être un moyen de dissuasion à la guerre grâce à un soi-disant « équilibre des forces » en présence.

En réalité, le système des alliances était très instable, car tout incident militaire grave et localisé pouvait facilement dégénérer et déclencher une guerre plus large. En effet, les nations membres d'une alliance militaire donnée devaient entrer en guerre, lorsqu'un seul pays membre était impliqué dans un conflit.

Avant la Première Guerre mondiale, il existait deux alliances militaires rivales qui formaient deux blocs : la Triple alliance, laquelle regroupaient l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie, et auxquels la Bulgarie et l'Empire ottoman se sont joints ; et les alliés de la Triple Entente, laquelle comptait la France, le Royaume-Uni et la Russie, et auxquels se joindront éventuellement le Japon et les États-Unis.

L'étincelle qui déclencha la Première Guerre mondiale s'est produite en Bosnie, dans la ville de Sarajevo, le 28 juin 1914, lorsque l'archiduc François-Ferdinand, héritier de l'Empire austro-hongrois, fut assassiné avec son épouse, Sophie, par le nationaliste serbe Gavrilo Principe. C'est alors que les alliances militaires sont entrées en jeu.

Sans les alliances militaires, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand n'aurait provoqué qu'une guerre régionale entre la Serbie et l'Autriche-Hongrie. Mais, en raison des alliances, la Russie est venue à l'aide de la Serbie, ce qui conduisit l'Allemagne à déclarer la guerre à la Russie.

Même si la Société des Nations avait été conçue pour prévenir les guerres, elle était trop faible pour empêcher les courses aux armements entre les pays et pour faire respecter les accords de désarmement. Elle était également trop faible pour imposer des solutions de négociation ou d'arbitrage dans les cas de conflits internationaux.

Les Nations Unies (1945)

La Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) est considérée comme une prolongation de la Première Guerre mondiale. Et, tout comme cette dernière, elle impliquait deux grandes alliances militaires. D'un côté, il y avait les puissances de l'Axe (Allemagne, Italie et Japon) et, de l'autre côté, les puissances alliées (France. Grande-Bretagne, Canada, États-Unis, Union soviétique et Chine).

La cause immédiate de la Seconde Guerre mondiale fut l'invasion militaire allemande de la Pologne voisine, le 1er septembre 1939. La Grande-Bretagne et la France déclarèrent alors la guerre à l'Allemagne, le 3 septembre 1939, conformément aux traités de défense signés avec la Pologne.

Cependant, les historiens imputent une grande partie de la responsabilité de la Seconde Guerre mondiale à l'échec de la Société des Nations à empêcher les guerres régionales. Ils pointent du doigt le traité de Versailles de juin 1919, lequel obligeait l'Allemagne (la République de Weimar) à verser aux alliés d'importantes réparations de guerre, en plus de priver l'Allemagne de plusieurs territoires et l'imposition d'autres exactions. Le fait de soumettre une nation entière à une humiliation sévère a contribué à la montée du mouvement nazi et du militarisme en Allemagne, mais aussi en Italie et au Japon.

La création des Nations Unies, le 26 juin 1945 à San Francisco, représente une autre tentative, après l'échec de la Société des Nations, d'interdire les guerre d'agression. En effet, la Charte des Nations Unies fixe comme objectif principal de « préserver les générations futures du fléau de la guerre ».

Même si la Charte des Nations Unies rend illégales les guerres d'agression, des États puissants continuent néanmoins de fomenter des guerres d'agression contre des états plus petits, agressions dites 'nécessaires' sous différents prétextes, se refugiant, pour imposer leur violence militaire, derrière une interprétation abusive de l'article 51 de le Charte de l'ONU sur la légitime défense.

Par conséquent, force est de conclure que l'ère de l'après la Seconde Guerre mondiale n'a pas placé le monde dans une meilleure posture aujourd'hui, pour éviter les guerres d'agression, que pendant la période d'avant la Première Guerre mondiale. « Plus les choses changent, plus elles sont pareilles. »

• Facteurs géopolitiques et danger des alliances militaires

La Guerre froide I (1945-1991)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'Union soviétique étaient alliés. Cependant, ils se sont tous deux engagés dans la construction de deux puissantes alliances militaires « défensives » opposées, après la Seconde Guerre mondiale.

D'une part, le gouvernement américain a été le principal intervenant lors de la création, en 1949, de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), une alliance avant tout militaire et censée être « défensive ». L'OTAN regroupait initialement 12 pays (États-Unis et Belgique, Canada, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Portugal et Royaume-Uni). Aujourd'hui, elle compte 30 membres et un certain nombre de pays en attente de devenir membre (Suède, Finlande et Ukraine).

Son but officiel était de servir de contrepoids aux armées soviétiques stationnées en Europe centrale et orientale, après la Seconde Guerre mondiale.

L'article 5 de l'OTAN stipule :

« Qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord. »

De même, l'Union soviétique a formé l'alliance militaire du Pacte de Varsovie, en 1955, afin de contrebalancer l'influence de l'OTAN. Cette alliance militaire à l'Est de l'Europe comptait 8 États membres, (l'Union soviétique (URSS), l'Albanie, la Pologne, la Roumanie, le Hongrie, l'Allemagne de l'Est, la Tchécoslovaquie et la Bulgarie.)

Le traité fondateur du Pacte de Varsovie, lui aussi supposément « défensif », obligeait les États membres à prendre la défense de tout membre attaqué par une force extérieure et mettait sur pied à cette fin un commandement militaire unifié.

Pendant plus de trois décennies, ces deux alliances militaires « défensives » — un bloc de l'Ouest et un bloc de l'Est — ont servi de contrepoids l'une à l'autre, grace à l'équilibre des forces en présence.

En 1991, cependant, le Pacte de Varsovie a été officiellement dissous, lorsque l'Union soviétique traversa une grave crise politique et se désintégra. Elle fut remplacée par la Fédération de Russie et par la création de 15 nouveaux États. L'évènement mit alors fin à trente-six ans de guerre froide entre les pays de l'OTAN (principalement les États-Unis) et les pays du Pacte de Varsovie (principalement la Russie).

Tout cela laissa l'alliance du bloc occidental, l'OTAN, avec aucun ennemi potentiel à contrebalancer.

Le gouvernement américain, sous la direction du président George H.W. Bush (1924-2018), en tant que promoteur principal de l'OTAN, se trouva confronté à deux choix : soit abolir l'OTAN, soit maintenir l'OTAN en lui assignant de nouvelles missions.

Il fut décidé de ne pas démanteler l'OTAN afin de sauvegarder l'influence américaine en Europe.

Une telle décision ne fut point sans susciter de vives craintes de la part du gouvernement russe, ce dernier craignant de se voir confronter à une OTAN guerrière. Afin d'apaiser ces craintes, l'administration américaine du Président George H.W. Bush, par l'intermédiaire de son secrétaire d'État James Baker — et par celui des représentants d'autres gouvernements occidentaux — prit l'engagement que l'OTAN « ne s'élargirait pas en Europe de l'Est » et ne poserait pas une menace militaire pour la Russie.

En contrepartie, le gouvernement russe se devait de ne soulever aucune objection à la réunification de l'Allemagne de l'Est (la République démocratique allemande) et de l'Allemagne de l'Ouest (la République fédérale d'Allemagne) en un seul État souverain, et cela, en tant que membre de l'OTAN.

En cours de route, cependant, les choses changèrent, notamment en 1994 et plus encore, en 1999.

La Guerre froide II (1999- )

Durant la période 1994-1996, sous la pression du Parti républicain, mais aussi sous celle de conseillers néoconservateurs favorables à une politique unilatérale et néo impérialiste, le président démocrate Bill Clinton adopta une politique étrangère agressive à l'endroit de la Russie. En effet, son administration ne se comptait plus tenue de respecter les assurances que l'administration républicain précédente de H.W. Bush avait données à la Russie, à savoir que l'OTAN ne s'étendrait pas « d'un pouce vers l'Est ».

Clinton et ses conseillers néoconservateurs estimaient que le gouvernement américain avait une chance unique de tirer profit de l'extrême faiblesse économique de la Russie, pour l'encercler militairement.

En octobre 1996, le président Clinton officialisa son intention d'élargir l'OTAN, lorsqu'il a ouvertement  invité les anciens pays du Pact de Varsovie et les républiques post soviétiques à rejoindre l'OTAN. Cela a été mis en œuvre en mars 1999 avec trois pays d'Europe de l'Est, (Hongrie, Pologne et République tchèque), joignant officiellement l'OTAN.

En mars 1999, l'administration Clinton est allée encore plus loin. Elle a ouvertement contourné la Charte des Nations Unies, laquelle interdit les actes d'agression militaire, et s'est plutôt appuyé sur la couverture de l'OTAN pour lancer une campagne de bombardements aériens en Yougoslavie, contre des cibles militaires serbes. C'est à cette date que le gouvernement américain a de facto rendu les Nations Unies impuissantes à prévenir ou arrêter les guerres d'agression. Par la suite, le gouvernement américain a continué de se servit du substitut de l'OTAN pour justifier les interventions militaires américaines à l'étranger.

• Les prétextes, provocations, mensonges et autres tactiques trompeuses souvent utilisés pour déclencher une guerre

Il existe une panoplie de moyens indirects et de stratégies trompeuses pour déclencher une guerre inter-étatique, en plus de bombarder directement un pays ou d'utiliser l'armée pour envahir un pays étranger.

Par exemple, une nation aux intentions guerrières peut recourir à des provocations de tout genre et proférer des menaces comme prélude à une guerre, ou pour forcer un ennemi à riposter. Un pays agresseur peut également essayer de perturber ou déstabiliser un autre pays en simulant une attaque militaire par le biais de jeux de guerre et d'opérations clandestines. Le recours à une opération sous fausse bannière (lorsqu'un pays commet un acte de guerre et en accuse un autre) a souvent été employé.

Un autre moyen détourné pour infliger des pertes à un pays consiste à recourir à une guerre par procuration (c'est-à-dire une guerre menée par un État client contre un ennemi ciblé, mais financée et armée par un pays tiers qui en est l'instigateur). Un mélange d'une guerre par procuration et d'une opération sous fausse bannière peut alors faire partie d'un plan visant à élargir un conflit en une guerre ouverte.

Un projet de guerre de la part d'un pays agresseur peut aller jusqu'au sabotage des installations d'un autre pays, pour des motifs militaires ou politiques, et le tout accompli sous le couvert d'opérations clandestines. Un agresseur peut également imposer un siège militaire à une nation, sans aucune déclaration de guerre formelle.

Une autre tactique couramment utilisée pour déclencher une guerre consiste à dénigrer et à diaboliser un pays ou ses dirigeants avec des mensonges et une propagande trompeuse concernant l'armement ou les intentions réelles d'un pays.

Encore une autre façon de pousser un pays ciblé à la guerre est d'imposer des restrictions commerciales sur certains produits essentiels qu'il doit importer, comme le pétrole. En effet, le recours unilatéral à des sanctions économique et financières contre un pays, dans le but de nuire à son économie et à ses habitants, est un autre acte hostile qui est susceptible de conduire à une guerre.

C'est pourquoi il est si ardu d'empêcher une guerre uniquement par des moyens juridiques et diplomatiques, ou par la médiation, lorsqu'une nation puissante est décidée à entrer en guerre contre une autre.

Ni la Société des Nations, ni les Nations Unies n'ont interdit à une nation belliqueuse de provoquer une guerre par des moyens indirects. Cela montre à quel point il pourrait être complexe et difficile de faire de la malédiction des guerres d'agression une chose vraiment obsolète. À tout le moins, les guerres nucléaires doivent être évitées à tout prix, si l'humanité veut survivre sur cette planète.

Finalement, un fait peu rassurant : Une étude récente conclut que les démocraties sont plus enclines à déclencher des guerres que les régimes autocratiques.

Conclusion

Le cadre politique et juridique international pour prévenir ou mettre fin à la guerre est présentement en ruine. L'ONU a été mise à l'écart et son autorité en tant qu'arbitre des conflits militaires, telle que stipulée dans la Charte des Nations Unies, a été sapée et remplacée par un retour à une politique de puissance primaire, plus ou moins arbitraire.

Comme dans un passé pas si glorieux, les alliances militaires se sont reconstituées, et le recours à un nouvel « équilibre des forces » est encore une fois le seul rempart contre une conflagration militaire mondiale.

Un monde plus civilisé se libérerait du piège des alliances militaires ataviques, une recette historique éprouvée pour produire des guerres permanentes, des hauts niveaux d'endettement public et une inflation persistante. Les guerres d'agression et les guerres par procuration doivent être éliminées, une fois pour toutes, en tant qu'institution humaine barbare.

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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, (Fides). Il est titulaire d'un doctorat en finance internationale de l'Université Stanford.



On peut le contacter à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

Site internet de l'auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com

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Mis en ligne, le jeudi, 12 janvier 2023.

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© 2023 Prof. Rodrigue Tremblay










 

Le jeudi, 3 novembre 2022

Avec sa politique d'immigration de plus en plus ultra massive, le gouvernement libéral de Justin Trudeau récidive et verse dans l'irresponsabilité politique

Par Rodrigue Tremblay, économiste et ancien ministre

« Les raisonnements économiques sur l'immigration sont généralement tout à fait superficiels. C'est un fait que dans les différents pays (riches), le capital national reproductible est de l'ordre de quatre fois le revenu national annuel. Il en résulte que lorsqu'un travailleur immigré supplémentaire arrive, il faudra finalement pour réaliser les infrastructures nécessaires (logements, hôpitaux, écoles, universités, infrastructures de toutes sortes, installations industrielles, etc.) une épargne supplémentaire égale à quatre fois le salaire annuel de ce travailleur. Si ce travailleur arrive avec une femme et trois enfants, l'épargne supplémentaire nécessaire représentera suivant les cas, dix à vingt fois le salaire annuel de ce travailleur, ce qui manifestement représente pour l'économie une charge très difficile à supporter. » Maurice Allais (1911-2010), économiste français et 1988 Prix Nobel de sciences économiques, 2002.

Le mardi 1er novembre, 2022, le gouvernement libéral minoritaire de J. Trudeau, suivant en cela les recommandations du lobby torontois Century Initiative, a fait connaître son intention de rehausser les cibles annuelles d'immigration au Canada de manière à accueillir 500 000 nouveaux immigrants permanents jusqu'en 2025. Il s'agit d'un chiffre qui représenterait un record historique et qui dépasserait ce qu'aucun autre pays démocratique ne fait, toutes proportions gardées.

Pour ce faire, le gouvernement libéral minoritaire de J. Trudeau sous-estime à dessein les coûts économiques, sociaux et écologiques qui pourraient découler d'une telle surpopulation.

Il agit aussi en violation du principe démocratique, car il engage l'avenir de la population pour des décennies à venir sans la consulter explicitement, en tenant des consultations publiques en bonne et due forme, et sans tenir un référendum ou une élection axée sur un thème aussi majeur. (Rappelons qu'il y eu au Canada le 21 novembre 1988, une élection spécialement axée sur une politique de libre-échange entre le Canada et les États-Unis.)

Il faut savoir que le parti libéral du Canada (PLC) n'obtint que 32,6 pourcent des suffrages lors de l'élection générale du 20 septembre 2021. De plus, comme le taux de participation à cette élection ne fut que 62,9 pourcent, l'appui populaire direct que le PLC a reçu de l'ensemble des électeurs canadiens n'a été que de 20,3 pourcent. Personne ne peut prétendre que le gouvernement minoritaire libéral actuel, en poste à Ottawa, jouit d'un mandat clair et légitime de la population canadienne pour changer substantiellement la composition démographique du pays, pour de nombreuses décennies.

Il viole aussi le principe de bonne gouvernance, car ce gouvernement minoritaire n'a déposé aucune étude économique sérieuse, ou à tout le moins, un livre Blanc, pour appuyer sa politique d'immigration ultra massive, préférant s'en remettre aux intérêts de lobbys privés, comme celui du Century Initiative de Toronto, dont l'objectif est de tripler la population canadienne d'ici l'an 2100, afin d'avoir 100 millions d'habitants.

(Ainsi, il y est prévu par l'organisme que la population du Toronto métropolitain passerait de 8,8 à 33,5 millions d'habitants; celui du Montréal métropolitain gonflerait de 4,4 à 12,2 millions d'habitants; celle du Vancouver métropolitain grandirait de 3,3 à 11,9 millions d'habitants, etc.) Dans un tel contexte démographique gonflé, le paradis commercial que certains envisagent risque plutôt d'être un enfer de congestion, de pollution, de crise permanente du logement, de surcharge des services publics en santé, en éducation, en transport, en plus de provoquer une dégradation de la cohésion sociale et de nombreux autres problèmes sociaux.

De même, le gouvernement libéral minoritaire de J. Trudeau n'a fournit aucune mesure des impacts sociaux, politiques et écologiques de sa course démographique dans le vide, la plus radicale de tous les temps.

À vouloir à tout prix transformer le Canada en un pays qui ressemblerait à un États-Unis du nord, ce gouvernement, d'une manière inconsciente ou non, se trouve à préparer le Canada à une intégration avec les États-Unis — eux-mêmes aux prises avec de sérieux problèmes sociaux et politiques dans une génération ou deux.

Il y va de la responsabilité des partis d'opposition à la Chambre des Communes de s'opposer à la politique improvisée d'immigration ultra massive du gouvernement libéral minoritaire du premier ministre Justin Trudeau, et au besoin, de l'obliger à déposer les études qui justifient des élections générales afin que la population ait son mot à die sur cette question existentielle.

On ne peut se venter de vivre en démocratie et, en même temps, laisser des lobbys privés dicter les politiques publiques.

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Sources :

1- Article dans le Journal de Montréal, jeudi, le 3 novembre 2022

Immigration : l'irresponsabilité politique de Trudeau

Par Rodrigue Tremblay, économiste et ancien ministre

Lirehttps://www.journaldemontreal.com/2022/11/03/immigration-lirresponsabilite-politique-de-trudeau


2. Article dans le Journal de Québec, jeudi, le 3 novembre 2022

Immigration : l'irresponsabilité politique de Trudeau

Par Rodrigue Tremblay, économiste et ancien ministre

Lire : https://www.journaldequebec.com/2022/11/03/immigration-lirresponsabilite-politique-de-trudeau

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Le mercredi, 31 août 2022

Le gouvernement étasunien de Joe Biden et deux crises majeures qui se pointent à l'horizon: une crise économique et financière et une guerre hégémonique

Par Rodrigue Tremblay, professeur émérite de sciences économique et ancien ministre de l'industrie et du commerce québécois, et auteur du livre « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 », Fides, 2018.


« Ceux qui dirigent l'économie ne semblent pas être conscients que le fonctionnement normal de l'économie entraîne des traumatismes et des crises financières, de l'inflation, des déprécations monétaires, du chômage et de la pauvreté, au milieu de ce qui pourrait être une richesse pratiquement universelle — en bref, que le capitalisme financier complexe est intrinsèquement défectueux. »

Hyman Minsky (1919-1996), Économiste américain, (dans 'Stabilizing an Unstable Economy' 1986)


« Les déficits en temps de guerre sont la pire politique budgétaire imaginable. Ils ajoutent à la demande civile mais ne génèrent aucune production commercialisable de biens de consommation ou de biens d'équipement. En conséquence, les déficits en temps de guerre font basculer l'économie vers une demande excédentaire, des goulots d'étranglement inflationnistes, une hausse des taux d'intérêt et une instabilité financière. Ils détruisent la richesse et ils abaissent le niveau de vie. »

David A. Stockman (1946- ), homme politique américain, (dans 'The Great Deformation', 2013)


« Ceux qui ont survécus et qui faisaient partie de la génération en âge de participer à une guerre garde une aversion aux guerres pour le reste de leur vie, et ne veulent pas répéter une telle expérience tragique, ni pour eux-mêmes, ni pour leurs enfants, et, par conséquent... une telle résistance psychologique aux guerres persiste aussi longtemps qu'une nouvelle génération... a le temps de grandir et de parvenir au pouvoir. Dans la même veine, le déclenchement d'une guerre, une fois lancée, a tendance à perdurer jusqu'à ce que la génération élevée dans la paix et qui s'est précipité follement dans une guerre cède la place à une génération fatiguée de la guerre. »

Arnold J. Toynbee (1889- 1975), historien britannique, (dans 'A Study of History', vol.9, 1954)


« La vérité tragique est que si l'Occident n'avait pas cherché à étendre l'OTAN en Ukraine, il est peu probable qu'une guerre ferait rage en Ukraine aujourd'hui, et la Crimée ferait très probablement encore partie de l'Ukraine.. »

John J. Mearsheimer (1947- ), politicologue à l'Université de Chicago, (lors d'une présentation à Florence, Italie, le 16 juin 2022)


« Je ne sais pas avec quelles armes la troisième guerre mondiale sera menée, mais la quatrième guerre mondiale sera faite avec des bâtons et des pierres. »

Albert Einstein (1879-1955), physicien théoricien d'origine allemande (dans une entrevue dans "Liberal Judaism", avril-mai 1949)


En plus de la persistance de la pandémie de Covid-19 et la crise climatique en cours, laquelle se doublera d'une crise énergétique, sans compter la crise migratoire qui se profile à l'horizon, le monde pourrait être confronté à deux crises additionnelles d'origine humaine dans les années à venir, à savoir une crise économique et financière majeure et une crise géopolitique découlant d'une guerre hégémonique.


I- Des déséquilibres fondamentaux dans l'économie mondiale


En effet, dans la foulée de la Grande récession de 2008-2009, d'importants déséquilibres sont apparus dans l'économie mondiale.


Premièrement, craignant une pénurie persistante de la demande globale dans les plus grandes économies industrielles (États-Unis, Europe, Japon, etc.), les banques centrales ont adopté une politique monétaire non conventionnelle, laquelle a consisté à pousser les taux d'intérêt nominaux vers zéro et les taux d'intérêt réels en territoire négatif. Une telle politique a faussé les calculs de rentabilité pour des investissements à long terme, dont certains se révéleront non profitables avec le retour à la normale des taux d'intérêt.


En second lieu, la pandémie mondiale de Covid-19 de 2020-2022 et les bouleversements démographiques ont provoqué un ralentissement de l'offre globale avec des pénuries d'approvisionnement et des perturbations dans les chaînes de distribution pour plusieurs matières premières et produits. De plus, dans la foulée de la pandémie, de nombreux travailleurs se sont retirés de la population active, provocant une pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs.


En troisième lieu, une conséquence négative de la mondialisation économique et financière a été indubitablement son impact fiscal sur les budgets des gouvernements nationaux. Moins en mesure de lever des impôts sur les sociétés internationales et autres entités opérant dans leur pays, les gouvernements se sont sentis obligés d'augmenter leurs déficits budgétaires et la dette publique. Toute hausse substantielle des taux d'intérêt entraînera une crise budgétaire pour de nombreux gouvernements.


Quatrièmement, les banques centrales ont subi des pressions politiques pour qu'elles soient acheteuses d'obligations publiques, gonflant ce faisant leurs bilans et la base monétaire pour l'ensemble de l'économie. Dans le cas de la Fed américaine, par exemple, son bilan était d'environ 4 000 milliards de dollars au début de 2020, mais il avait grimpé à environ 9 000 milliards de dollars à la mi-2022, principalement en raison de l'achat de titres du Trésor et de titres privés adossés à des hypothèques.


Des actions similaires de la part d'autres banques centrales ont également entraîné de fortes augmentations de leurs bilans. Cela a pompé des liquidités excessives dans de nombreuses économies et c'est la première cause de la hausse de l'inflation dans un monde de monnaies fiduciaires. Une inflation plus élevée, pour les personnes à revenu fixe, signifie une hausse de coût de la vie et une baisse de leur niveau de vie. Sur le plan économique, c'est aussi la principale cause de la condition actuelle de stagflation, c'est-à-dire une condition de croissance économique lente avec des prix à la hausse.


Les signes se multiplient que la mondialisation économique et financière a atteint son point culminant, alors que ses effets négatifs apparaissent au grand jour. Le fait que le gouvernement américain impose des sanctions économiques et financières d'une manière unilatérale à d'autres nations souveraines soulève d'importantes questions juridiques et politiques concernant la souveraineté des États.


En effet, en raison de la recrudescence des tensions militaires et géopolitiques internationales (voir ci-dessous), le système de mondialisation économique et financière érigé après la Seconde Guerre mondiale s'affaiblit rapidement. Si de telles tensions géopolitiques devaient s'intensifier, cela pourrait se traduire par une dislocation de l'économie mondiale, suivie d'un ralentissement économique généralisé, lequel pourrait durer plusieurs années.


II- Une guerre hégémonique centenaire pourrait éclater à tout moment


Les guerres régionales à petite échelle ont été nombreuses depuis la Seconde Guerre mondiale, mais cela ne signifie pas que les guerres mondiales ont été éradiquées du système international.


L'histoire montre, en effet, que de telles guerres à grande échelle semblent se produire à chaque siècle. C'est un fait historique observé que les pays dotés d'une forte puissance militaire tentent toujours de plier les systèmes économiques, financiers et politiques internationaux à leurs avantages. Et ces puissances dominantes en politique internationale n'hésitent pas à recourir à une politique ouverte de puissance pour atteindre leurs objectifs.


À travers les âges, un tel comportement s'est traduit par d'horribles guerres hégémoniques que les peuples ont dû subir, à maintes reprises, lorsque des empires se sont livrés au jeu meurtrier d'une « compétition entre grandes puissances ».


Les cycles de guerres hégémoniques meurtrières et destructrices et les tentatives faites pour les éviter ont été bien étudiés par l'historien britannique Arnold Toynbee (1889-1975), par l'économiste américain Charles Kindleberger (1910-2003) et par d'autres chercheurs.


De nos jours, une cohorte de néoconservateurs en position d'autorité au sein de l'administration Biden, soutenue par une vingtaine de 'think-tanks' va-t'en-guerre et par des fabricants d'armements bellicistes, est de facto aux commandes de la politique étrangère américaine, et elle met en pratique la doctrine d'une guerre perpétuelle pour les États-Unis.


• L'ONU est présentement impuissante à empêcher une guerre hégémonique


Après la Seconde Guerre mondiale, la création des Nations unies, en 1945, a fait naître l'espoir que les guerres hégémoniques étaient chose d'un passé barbare. Le but était « de préserver les générations futures du fléau de la guerre ».


L'article fondamental de la Charte des Nations unies, lequel énonce le moyen d'éviter la guerre, est son « article 33 ».

Il dit :


1- Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d'enquête, de médiation, de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques de leur choix.

2- Le Conseil de sécurité, s'il le juge nécessaire, invite les parties à régler leur différend par de tels moyens.


Le hic est que les grandes puissances du temps (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) trouvèrent le moyen de se soustraire aux règles établies pour le maintien de la paix. Cela s'est fait principalement en s'octroyant elles-mêmes un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unis, formé de 15 membres — un organisme dont les décisions lient tous les membres de l'ONU. Et c'est là où en est le monde aujourd'hui. Les grandes puissances peuvent toujours mener des guerres d'agression en presque complète impunité.


Le gouvernement américain, en particulier, a de facto mis les Nations unies au rancard. Cela a été fait en se servant de l'écran de l'OTAN, à l'origine une alliance essentiellement défensive pour contenir l'ancienne Union soviétique, mais redéfinie depuis en tant qu'alliance militaire offensive, sous contrôle américain. Celle alliance aurait dû être dissoute en 1991, lorsque l'URSS s'est effondrée. De nombreux pays européens et le Canada font partie de la nouvelle OTAN belliciste.


En quelques années, on a vu le militarisme progresser aux États-Unis et dans certaines autres parties du monde, à un moment où les Nations unies sont pratiquement impuissantes à enrayer sa montée.


Pour sa part, le gouvernement de Joe Biden, en tant que supposé leader du soi-disant « monde libre », n'a pas montré beaucoup d'intérêt pour la diplomatie et les négociations, afin de résoudre les conflits internationaux. Il ne parle jamais de renforcer le système international fondé sur des règles ancrées dans la Charte des Nations unies et l'obligation de ne point recourir à la force dans les relations internationales.


• L'agenda militariste de Joe Biden et son engagement envers la guerre mondiale permanente


Que ce soit par coïncidence ou non, l'arrivée du président démocrate américain Joe Biden (1942- ) à la maison Blanche, il y a moins de deux ans, a été suivie d'une période chaotique de tensions intérieures et de conflits internationaux.


Le choix qu'à fait le président Joe Biden pour constituer son équipe de politique étrangère révèlent peut-être ses véritables intentions belliqueuses. Ce fut le cas lorsqu'il viola la tradition et nomma un général de carrière (Lloyd Austin), au lieu d'un civil, au poste de secrétaire à la Défense. Il a également choisi un néoconservateur reconnu (Antony Blinken) comme secrétaire d'État. M. Biden savait sans doute ce qu'il faisait avec de telles nominations. En fait, cela montrait qu'il ne comptait nullement recourir à la diplomatie dans ses relations internationales. Plusieurs autres conseillers à la sécurité nationale dans le gouvernement de Joe Biden sont dans le même camp des va-t'en-guerre.


Lors de la campagne électorale présidentielle américaine de 2020, les médias n'ont pas beaucoup parlé du passé belliciste du sénateur Joe Biden. À tort ou à raison, le candidat démocrate à la présidentielle était considéré comme plus stable mentalement, moins arrogant et moins « dangereux » que le président sortant, Donald Trump. C'est du moins ce que véhiculaient les promesses de campagne de M. Biden.


On peut en tirer une première leçon, à savoir qu'il faut bien étudier le passé d'un candidat à la présidentielle pour prédire ses futures politiques, une fois au pouvoir. L'autre leçon est que les politiques américaines sont avant tout dominées par des groupes de pression issus du monde des affaires et par un petit groupe d'Américains richissimes. Aux États-Unis, l'argent domine la politique.


Par conséquent, après le retrait précipité et chaotique des États-Unis de l'Afghanistan, ce ne fut guère une surprise complète quand l'administration Biden adopta une politique étrangère belliqueuse, tout particulièrement envers la Russie, l'Iran et la Chine. C'est une approche essentiellement axée sur une « politique de puissance » dans les rapports internationaux. Elle repose sur des provocations, des menaces et des tensions économiques, et elle implique souvent des guerres par procuration.


• Le conflit militaire en Ukraine aurait pu être évité


La guerre Russo-Ukrainienne est un bel exemple de guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie. C'est une guerre qui aurait pu être évitée avec un minimum de diplomatie. Tout était pourtant en place pour que ce soit le cas.


En effet, quand le Conseil de sécurité de l'ONU adopta unanimement la Résolution 2199, le 12 février 2015, laquelle enjoignait aux pays concernés, (principalement l'Ukraine, la Russie et les États-Unis), de respecter les deux accords de Minsk du 5 septembre 2014 et du 12 février 2015, une solution diplomatique apparaissait possible.


[Pour rappel, ces deux accords prévoyaient l'instauration d'un système fédéral en Ukraine, de manière à ce que la minorité ukrainienne russophone du bassin minier du Donbas contigu à la Russie, et principalement située dans les territoires autour des villes de Donetsk et de Louhansk, puisse jouir d'un certain statut d'autonomie locale, afin de préserver sa langue et sa culture. —La France et l'Allemagne avaient supervisés ces accords.]


Même si la résolution du Conseil de sécurité liait tous les pays membres de l'ONU, ses directives ne furent pas respectées. Cet échec incita le gouvernement russe à reconnaître officiellement l'indépendance des territoires de Donetsk et de Louhansk et à envahir militairement cette région, le 24 février 2022.


L'objectif présumé était de défendre les habitants contre les attaques militaires incessantes du gouvernement ukrainien, lesquelles avaient débuté après le "coup d'état" contre le gouvernement ukrainien pro-russe du président Viktor Ianoukovitch, le 22 février 2014, (avec une forte implication du gouvernement américain.)  Ianoukovitch et son Parti des régions avaient été élus lors de l'élection présidentielle de février 2010 en Ukraine, avec 48,95% du vote populaire.


Au cours des derniers six mois de cette année, il s'est produit une escalade de la guerre russo-ukrainienne, et c'est là que réside le vrai danger d'une confrontation militaire directe entre les États-Unis, l'OTAN et la Russie. Les pays européens seraient alors en première ligne d'une telle dévastation. Le monde pourrait alors être confronté à une troisième guerre mondiale, laquelle pourrait éventuellement dégénérer, par accident, en guerre mondiale nucléaire, une première dans l'histoire et probablement la dernière.


• Crise de leadership en Occident


De nombreux pays sont de nos jours confrontés à une crise majeure de leadership, plusieurs nations ayant des dirigeants politiques qui ne semblent pas être en mesure de résoudre les problèmes. Certains se déclarent même disposés à lancer une guerre thermonucléaire. Dans d'autres cas, ils semblent aimer jeter de l'essence sur le feu et empirer les choses.


Les dirigeants européens soutiennent activement la dangereuse escalade militaire en Ukraine, malgré le fait que la guerre est devenue une catastrophe quotidienne pour les civils, surtout en raison de sérieuses violations du droit international humanitaire.


Dans leur soutien inconditionnel au régime ukrainien de Volodymyr Zelensky, tout se passe comme si certains dirigeants étaient prêts à accepter une guerre mondiale sur le sol européen. Si tel était le cas, ce serait la troisième grande guerre européenne en un siècle. Il n'est pas nécessaire de chercher plus loin pour comprendre le déclin relatif et la marginalisation de l'Europe dans les affaires mondiales au cours du dernier quart de siècle.


Conclusion


De nos jours, beaucoup de personnes n'ont jamais vécu une période de temps économiques difficiles et de temps de guerre. Cependant, c'est ce genre de monde que des dirigeants sans trop de substance et de jugement s'emploient à créer depuis quelques années.


Sur le front économique, une tempête parfaite se prépare alors que des déséquilibres économiques et financiers, associés aux problèmes démographiques et à des politiques environnementales coûteuses, freineront le progrès économique dans l'avenir.


Sur le plan géopolitique, l'ordre mondial unipolaire de l'après Seconde guerre mondiale est en train de s'effondrer sous nos yeux avec la conséquence que de graves conflits militaires hégémoniques risquent de se produire au cours des prochaines années.


La combinaison d'une crise économique importante et d'une crise géopolitique majeure pourrait plonger le monde dans une tempête parfaite, très déstabilisatrice.


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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018 "La régression tranquille du Québec, 1980-2018", (Fides). Il est titulaire d'un doctorat en finance internationale de l'Université Stanford.



On peut le contacter à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  "Le nouvel empire américain" et du livre de moralité "Le Code pour une éthique globale", de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé "La régression tranquille du Québec, 1980-2018".

Site internet de l'auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com

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Mis en ligne, le mercredi, 31 août 2022

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