Mardi le 6 février 2024

Pourquoi les économies occidentales risquent de connaître une décroissance et un appauvrissement, à court et moyen terme

Par Rodrigue Tremblayprofesseur émérite de sciences économiques et ancien ministre de l'industrie et du commerce québécois, et auteur du livre géopolitique « Le Nouvel empire américain », l'Harmattan, 2004, et auteur du livre « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 », Fides, 2018. 

« Les raisonnements économiques sur l'immigration sont généralement tout à fait superficiels. C'est un fait que dans les différents pays (riches), le capital national reproductible est de l'ordre de quatre fois le revenu national annuel. Il en résulte que lorsqu'un travailleur immigré supplémentaire arrive, il faudra finalement pour réaliser les infrastructures nécessaires (logements, hôpitaux, écoles, universités, infrastructures de toutes sortes, installations industrielles, etc.) une épargne supplémentaire égale à quatre fois le salaire annuel de ce travailleur. Si ce travailleur arrive avec une femme et trois enfants, l'épargne supplémentaire nécessaire représentera suivant les cas, dix à vingt fois le salaire annuel de ce travailleur, ce qui manifestement représente pour l'économie une charge très difficile à supporter.» Maurice Allais (1911-2010), économiste français et 1998 Prix Nobel de sciences économiques, 2002.  

« Quel est le rôle du gouvernement canadien [face à l'immigration] ? S'il acceptait les recommandations des partisans de l'immigration, il adopterait des politiques qui maximisent le bien-être mondial et les niveaux d'immigration devraient être élevés, sinon illimités. Si ses politiques sont plutôt de maximiser le bien-être de la population canadienne, ses politiques d'immigration devraient viser à éliminer le fardeau fiscal découlant de l'immigration (entre $20 et $26 milliards annuellement) de sorte que seuls des avantages économiques positifs découlent de l'immigration» Herbert Grubel (1934- ), professeur émérite d'économie, Université de Simon Fraser, Vancouver, C.-B., Canada, rapport de l'Institut Fraser, 2013.

« On ne peut pas simultanément avoir une immigration de masse et un État providence.» Milton Friedman (1912-2006), professeur émérite d'économie à l'Université de Chicago, 1999.


En économie, il n'y a pas de magie.

Pour consommer, il faut produire, et pour produire, il faut épargner (revenus moins dépenses de consommation) et investir dans des capitaux productifs, dans des infrastructures et dans des moyens de soutien à la production. Il faut un stock de capitaux productifs (entreprises, usines, machinerie, équipements, infrastructures), des innovations, du progrès technique, du savoir, de la gérance, des sources fiables d'énergie et surtout, des travailleurs qualifiés, capables de contribuer à des hausses de productivité afin d'augmenter la production annuelle de biens et de services par habitant.

C'est ainsi que les niveaux de vie et de bien-être s'élèvent, en moyenne, dans certaines économies et pourquoi les niveaux de vie stagnent ou s'accroissent lentement dans d'autres économies.

Cela s'explique dans certaines économies par le manque d'épargne et de capitaux productifs par rapport aux nombres et aux qualifications de travailleurs et par d'autres facteurs. En effet, d'autres indicateurs économiques visent à tenir compte du développement humain et de la qualité de vie (stabilité économique et politique, santé publique, éducation, sécurité individuelle, etc.) d'une population, au-delà de la seule moyenne de la production intérieure de biens et de services par habitant, cette dernière pouvant être répartie d'une manière très inégalitaire.

De nos jours, les économies occidentales, dites 'avancées', sont considérées relativement productives et sont parmi celles où leurs populations jouissent d'un niveau de vie relativement élevé, tel que mesuré par le produit intérieur brut par habitant. C'est essentiellement parce que leur stock de capitaux productifs est élevé et qu'elles bénéficient du progrès technique, de sources d'énergie bon marché et d'une force de travail qualifiée.

Cependant, une telle réussite n'est pas nécessairement permanente et inéluctable, si les conditions sous-jacentes à la croissance économique en viennent à s'atrophier ou sont remplacées par d'autres facteurs moins performants. Un baisse du niveau de vie n'est pas une certitude, mais peut devenir possible, voire prévisible, si les politiques publiques sont mal conçues.

En effet, depuis quelques décennies, on observe des changements structurels dans les caractéristiques des économies occidentales, essentiellement celles de l'Europe et de l'Amérique du nord. Ces changements touchent un ralentissement dans les nouveaux investissements productifs, l'expansion relatif du secteur des services, l'afflux de travailleurs peu qualifiés découlant d'une immigration illégale, des politiques de transition énergétique vers des sources d'énergie plus coûteuses et moins fiables, et un cadre géopolitique chaotique de nature à susciter des guerres hégémoniques.

De telles transformations structurelles sont de nature à ralentir, non seulement la croissance économique des économies occidentales, à court et moyen terme, mais possiblement aussi leur prospérité future, en termes de niveaux de vie et de qualité de vie.

1- Un modèle simple pour comprendre les sources de la croissance économique réelle des pays à long terme

Commençons par un modèle simple de la croissance économique réelle des pays, lequel nous est fourni par le modèle de Solow.

Ce modèle stipule que la croissance économique de la production à long terme d'une économie dépend de son stock de capitaux productifs, résultat des épargnes, du progrès technologique et de la main-d'oeuvre disponible.

Plus le stock de capitaux dans une économie est élevé, plus la production intérieure annuelle de biens et de services sera abondante, pour un  nombre de travailleurs ou pour une population donnée de consommateurs.

Si on considère que le niveau de vie d'une population dépend, en bout de ligne, du stock de capitaux accumulés, et que la croissance annuelle du produit intérieur brut réel (PIB) dépend en grande partie de ces capitaux, il en résulte que plus les travailleurs sont qualifiés et plus ils ont accès à des capitaux (entreprises, usines, machinerie, équipements, infrastructures), plus ils sont productifs, et plus le niveau de vie de l'ensemble de la population sera élevé.

2- Une économie industrialisée repose sur plus de capitaux qu'une économie moins développée

Dans une économie industrialisée, il a été observé qu'il faut une valeur moyenne d'environ $4 de capitaux pour générer une production intérieure annuelle de $1, selon un ratio 4 : 1. Dans une économie de subsistance ou en stagnation, à l'inverse, c'est-à-dire là où le niveau de vie est bas ou stagnant, le ratio de capitaux/production annuel est peu élevé, pouvant ne pas dépasser le ratio d'environ 1 : 1.

C'est ce qui peut expliquer, en grande partie, la tendance à des migrations de population sur une grande échelle, venant des pays à bas niveaux de vie et à forte croissance démographique, vers des pays à hauts niveaux de vie et fortement capitalisés.

À court et à moyen terme, un tel phénomène migratoire n'est pas nécessairement à l'avantage des économies avancées, lesquelles peuvent voir leur taux de croissance économique décliner et le niveau de vie de leur population s'abaisser, si des investissements suffisamment élevés ne viennent pas s'ajouter au stock de capitaux existant.

3- Croissance économique et croissance démographique

Il faut bien comprendre que si la population s'accroît dans une économie industrialisée, soit naturellement ou par de forts flux migratoires, il est alors nécessaire que le stock de capitaux productifs et les infrastructures de cette économie s'accroissent aussi dans un rapport de 4 : 1, (en l'absence de progrès technologique), pour que le niveau de vie de l'ensemble de la population se maintienne.

En d'autres termes, si le niveau de capitalisation d'un pays à économie avancée ne s'accroît pas en proportion et en même temps qu'une forte expansion démographique, une baisse des revenus par habitant et un abaissement général du niveau de vie peut s'en suivre.1

4- Désindustrialisation, délocalisations et le passage à une économie de services

Il est trivial de dire que les économies occidentales sont devenues des sociétés de consommation. Ce sont des économies dans lesquelles le pourcentage des biens et services produits et consommés occupent plus de soixante pour cent de la production.

Il s'agit d'une évolution complexe qui est reliée au phénomène de la désindustrialisation, cette dernière ayant été observée depuis un demi siècle dans la plupart des économies occidentales. Elle se mesure par le déclin de la part de la valeur ajoutée industrielle et des emplois industriels, dans le PIB et dans l'emploi total.2

Ce phénomène s'accompagne d'une délocalisation nationale de certaines industries à haute productivité vers des économies émergentes, sous le couvert de la mondialisation économique, et d'une expansion relative de la production intérieure et de la consommation de services privés (commerce, finance, transport, restauration, divertissement, etc.) et publics (enseignement, santé, administrations, etc.), un secteur généralement moins susceptible d'enregistrer de forts gains de productivité.

5- Désépargne structurelle des gouvernement par l'endettement

La désindustrialisation relative et le passage à une économie de services dans les économies occidentales ont obligé les gouvernements à accroître leurs déficits budgétaires, ce qui a poussé certains pays à avoir un niveau d'endettement public total qui dépasse présentement le niveau de leur produit intérieur brut annuel.

Les économies avancées avec les niveaux d'endettement public les plus élevés par rapport à leur produit intérieur brut annuel, en 2023, tels que mesurés par le pourcentage de la dette publique par rapport au PIB annuel, sont:

Japon =               255,24%

Grèce =               241,55

États-Unis =       123,28

France =             110,03

Portugal =          108,35

Espagne =          107,28

Canada =            106,38

Belgique =         105,98

Royaume Uni = 104,14

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P.S. : Le Japon constitue un cas particulier en raison de son taux d'épargne des ménages élevé. L'épargne personnelle au Japon s'est élevée en moyenne à 13, 09 % de 1963 à 2023, atteignant un sommet historique de 62,10 % en juin 2020. De plus, la dette publique du Japon est presque entièrement intérieure.

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Pour une vision plus complète, il faut ajouter à la désépargne publique courante des gouvernements, le gaspillage croissant de ressources dans l'industrie mondial de l'armement et dans des guerres récurrentes ruineuses et polluantes, certaines pouvant même conduire à une guerre nucléaire catastrophique.

6- Le réchauffement climatique et la crise énergétique

Il existe une grande complémentarité entre les capitaux productifs et l'énergie. En effet, quand les sources d'énergie étaient abondantes et pouvaient être considérées comme illimitées, celles-ci étaient vues comme une donnée. Comme la pollution qui accompagne la combustion d'énergies fossiles est une des sources du réchauffement climatique, cela ne peut plus être le cas dans l'avenir.

La crise du réchauffement climatique a persuadé plusieurs gouvernements de prendre des mesures drastiques pour réduire la combustion d'énergies fossiles, relativement abondantes mais non renouvelables, faciles à exploiter et à grand rendement énergétique (charbon, pétrole, gaz naturel, etc.). (N.B. : Les énergies fossiles représentent présentement près de 80% de la production mondiale totale d'énergie.)

Le but étant de les remplacer graduellement, au cours des décennies à venir, voire des siècles à venir, par des sources d'énergies renouvelables (énergie solaire, éolienne, hydraulique, etc.) moins abondantes, certaines étant intermittentes et moins fiables, en plus d'être plus coûteuses.

La filière nucléaire se situe entre ces deux catégories de sources énergétiques. L'énergie nucléaire représente environ 10 % de la production mondiale d'électricité. C'est une source d'énergie qui a des avantages et des inconvénients, mais sa production est très coûteuse. Néanmoins, certains pays dépourvus de sources d'énergie alternatives, telle la France, n'auront pas d'autre choix que d'y recourir davantage dans l'avenir.

7- L'énergie a joué un grand rôle dans la hausse rapide des niveaux de vie

Depuis la première Révolution industrielle, de 1750 à 1900 en Europe, et son accélération au 20e siècle, la disponibilité de sources abondantes et peu coûteuses d'énergies fossiles a été le facteur important qui a propulsé la civilisation industrielle et commerciale vers le haut. En effet, c'est ce qui a transformé des économies qui avaient été pendant des millénaires, agraires et artisanales, en des économies industrielles et commerciales urbanisées, comme celles que nous connaissons aujourd'hui.

Ainsi, l'avènement des machines dans l'industrie du textile, au début, ainsi que dans l'agriculture, suivi de l'électrification de même que la multiplication des moyens de transport, par après, ont fait en sorte de multiplier l'effort physique et manuelle des travailleurs et d'accroître la production et la distribution des produits sur une haute échelle. Il en est résulté des augmentations considérables dans la productivité du travail et dans la croissance réelle du PIB. Le PIB par habitant a suivi, propulsant vers le haut le niveau de vie et la richesse des nations, de même que la qualité de vie des populations.

À titre d'exemple, pendant les quarante années qui s'écoulèrent entre 1960 et l'an 2000, une période de forte croissance économique et de paix internationale, le chercheur français Simon Yaspo a estimé que le PIB par habitant en France, en Allemagne et aux É.-U. s'est accru de plus de 250 pour cent.

C'est du jamais vu dans l'histoire du monde. —Il est possible que l'humanité ne puisse jamais connaître à nouveau une telle période dorée aussi longue, avec une hausse aussi rapide des niveaux de vie.

8- Les politiques gouvernementales et la transition énergétique

Il existe présentement, dans certains cercles gouvernementaux, un grand optimisme concernant la possibilité de décarboniser des économies nationales, au cours du prochain quart de siècle, soit d'ici l'an 2050. Cela repose sur la confiance que l'on pourra, avec des politiques appropriées, remplacer assez rapidement les énergies polluantes par des sources d'énergies plus propres. L'objectif est de limiter la hausse dans le réchauffement climatique global à 1,5℃ d'ici l'an 2050 et de le garder en deçà de 2,0℃ d'ici l'an 2100.

Cependant, de nombreux obstacles économiques et politiques peuvent se dresser devant la réalisation d'un tel scénario, au demeurant fort louable.

En effet, le rapport 2023 de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIÉ) est venu jeter un pavé dans la mare. Ainsi, selon les prévisions énergétiques les plus récentes de l'organisme, la consommation mondiale de pétrole et de gaz naturel, laquelle atteindra un sommet au cours de la présente décennie, devrait se maintenir aux environs de ce sommet, jusqu'en l'an 2050. Cela est dû à l'inertie et à la synergie qui existent dans les systèmes énergétiques. Autrement dit, le fait de développer de nouvelles sources d'énergie nécessite le recours aux énergies fossiles.

Toutefois, l'AIÉ est optimiste eu égard à une réduction rapide de la consommation mondiale de charbon, la source d'énergie la plus disponible et la moins chère. Elle prévoit que cette consommation, après un sommet atteint aussi au cours de la présente décennie, chutera rapidement de 40 % d'ici l'an 2050, ce qui la ramènerait à un niveau atteint en l'an 2000.

Cependant, le charbon et le bois de charbon (charcoal) jouent un grand rôle dans le chauffage, la cuisson et la production d'électricité de plusieurs pays émergents et de pays en voie de développement. L'économie chinoise à elle seule, par exemple, est responsable de 50 % de la consommation mondiale de charbon. En Afrique, le charbon représente 70 % de toute la consommation énergétique de ce continent. C'est donc en provenance de ces régions qu'une résistance à l'abandon du charbon, comme principale source énergétique, pourrait se manifester.

Une résistance politique pourrait aussi se manifester, même dans les pays occidentaux, face aux effets économiques négatifs de la transition énergétique sur les niveaux de vie et sur la qualité de vie des populations.  Des gouvernements considérés trop pressés sur la question de la transition énergétique ou mal préparés à faire face à ses effets, pourraient être remplacés par des dirigeants plus enclins à recourir à des mesures d'adaptation plutôt qu'à de la simple suppression, eu égard à la production et à la consommation des différentes catégories d'énergies.

Conclusions

La Grande Récession de 2007-2008 a peut-être servi de signe prémonitoire, à savoir que les facteurs de croissance dans les économies occidentales commençaient à s'étioler. Dans la foulée de cette importante récession, les principales banques centrales furent contraintes de pousser les taux d'intérêt vers zéro, afin de stimuler la croissance économique.

Or, les économies occidentales vont devoir faire face à des changements structurels encore plus risqués dans un avenir rapproché.

En effet, les économies occidentales risquent de souffrir, à la fois, 1- d'un ralentissement dans les investissements productifs et dans les gains de productivité, résultats d'une désindustrialisation et du passage à une économie de services ; 2- de la pression provenant d'une immigration illégale en grande partie sous qualifiée, laquelle abaisse le ratio des capitaux productifs par tête et accentue la poussée vers la consommation de services publics et privés 3- d'une désépargne publique, résultat de déficits budgétaires publics élevés et du surendettement public qui en découle ; 4- d'un certain gaspillage de ressources due à l'expansion du secteur improductif de l'armement, dans le contexte mondial d'une instabilité géopolitique et de guerres ; 5- d'une transition énergétique difficile à accomplir, en voulant remplacer les énergies fossiles peu coûteuses par des énergies alternatives plus coûteuses et moins fiables.

Tous ces facteurs contraignants se conjuguant, les économies occidentales pourraient voir leur taux de croissance économique décliner. Il pourrait en aller de même de leurs niveaux de vie et, possiblement aussi, d'une tendance vers le bas de l'indice de la qualité de vie, au cours des prochaines années, voire au cours des décennies à venir.

Dans cet avenir qui s'annonce, en effet, le principal facteur limitatif de la croissance économique en Occident viendra vraisemblablement d'une énergie plus coûteuse et plus aléatoire que celle du passé. De même, des taux d'accroissement démographique trop rapides, eu égard au stock de capitaux productifs disponibles, résultat d'une immigration incontrôlée, pourraient aussi devenir une cause d'appauvrissement.

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NOTES

1 Le déclin et la chute de l'Empire romain d'Occident, au 5e siècle de notre ère, est probablement le phénomène historique le plus complexe et le plus important d'un système économique, politique et militaire qui s'est effondré sous l'effet de plusieurs causes, mais notamment suite à une chute des revenus.

2 À titre d'exemple, la part des emplois industriels dans l'emploi total a chuté de plus de la moitié dans les économies avancées, de 1970 à 2016.

La part des emplois industriels dans l'emploi total est passée de 46% à 17% au Royaume Uni, de 31% à 17% aux É.-U., de 39% à 18% en France, et de 45% à 19% en Belgique. Au Canada, la part des emplois manufacturiers dans l'emploi total est passée de 19,1% à 9,1%, de 1976 à 2019.

(Pour le Québec et l'Ontario, durant la même période, la part de l'emploi manufacturier dans l'emploi provincial total a chuté de 23,2% à 11,5%, dans le premier cas, et de 23,2% à 10,2%, dans le deuxième cas.)

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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, (Fides). Il est titulaire d'un doctorat en finance internationale de l'Université Stanford.


On peut le contacter à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

Site internet de l'auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com

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Mis en ligne le mardi, 6 février 2024.

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© 2024 Prof. Rodrigue Tremblay

 


Jeudi, le 11 janvier 2024

Deux importants risques en 2024-2025 : un ralentissement économique et une intensification des conflits hégémoniques

Par Rodrigue Tremblayprofesseur émérite de sciences économique et ancien ministre de l'industrie et du commerce québécois, et auteur du livre géopolitique « Le Nouvel empire américain », l'Harmattan, 2004, et auteur du livre « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 », Fides, 2018. 

« Lorsque chaque pays mit l'accent sur la protection de ses propres intérêts privés, l'intérêt public mondial s'est effondré, et avec lui les intérêts privés de tous.» Charles Kindleberger (1910-2003).  Historien économique américain, dans son livre "The World Depression 1929-1939", 1973.

« Le monde est un endroit plein de dangers. — Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.» Albert Einstein (1879-1955 ). Rapporté dans le livre de Josep Maria Corredor, "Conversations avec Pablo Casals", 1955.

« Je pense que c'est le début d'une nouvelle guerre froide... Je pense que les Russes vont progressivement réagir assez négativement et cela affectera leur politique. Je pense que c'est une erreur tragique. Il n'y avait aucune raison à cela. Personne ne menaçait personne d'autre.» George F. Kennan (1904-2005). Diplomate et historien américain, dans le New York Times, le 2 mai 1998.

« Tout en défendant leurs propres intérêts vitaux, les puissances nucléaires doivent éviter les confrontations qui amènent un adversaire à choisir entre une retraite humiliante ou une guerre nucléaire. Adopter ce genre de ligne de conduite à l'ère nucléaire ne serait qu'une preuve de la faillite de notre politique— ou le souhait d'une mort collective pour le monde entier.» John F. Kennedy (1917-1963), (dans un important discours, le lundi 10 juin, 1963.).

En 2004, la plupart des économies sont sur le point de traverser une année difficile, au plan économique. Dans plusieurs pays, notamment en Europe et en Amérique du Nord, les enquêtes indiquent que les principales préoccupations et attentes des entreprises et des consommateurs, au cours de l'année, sont des questions économiques, telles que celles reliées à l'inflation persistante, l'endettement public et privé élevé et une récession économique potentielle, plus ou moins sévère.

La question économico-sociale de l'afflux de hordes d'immigrés illégaux prendra de l'importance, principalement en Europe et en Amérique du Nord, surtout si les taux de chômage sont à la hausse.

Il en va de même des deux guerres de bombardement en Ukraine et en Palestine, ainsi que les tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine et entre les États-Unis et l'Iran. Ces questions géopolitiques de politique étrangère devraient aussi soulever des inquiétudes.

Les grandes économies en fonction du produit intérieur brut (PIB) vs. les petites économies riches par habitant

Selon les données de la Banque mondiale, le produit intérieur brut (PIB) des États-Unis, à la mi-année 2023, soit $25 463 millards, place cette économie au premier rang mondial et représente 24,3 pourcent de l'économie mondiale.

L'économie de l'Union Européenne (UE), un bloc de 27 pays, représente pour sa part 21,7 pourcent du PIB mondial et elle se situe au deuxième rang en importance dans le monde. L'économie de la Chine suit au troisième rang, avec 15,0 pourcent du PIB mondial.

Pour les niveaux de vie (PIB par habitant), cependant, ce sont plutôt de petites économies qui dominent le palmarès, avec en tête le Luxembourg ($127 580), suivi de la Norvège ($106 328), de l'Irlande ($103  176) et de la Suisse ($92 371), le tout en dollars américains.

Un tour d'horizon et les anticipations

Les cycles économiques des principales économies ne coincident pas parfaitement, et varient quelque peu selon la structure de ces économies et selon les politiques économiques adoptées par leurs gouvernements.

Présentement, le contexte économique général est celui-ci : la lutte que les principales banques centrales mènent contre l'inflation, à coup de hausse des taux d'intérêt depuis 2022, se révélera une réussite. (N.B. Cette inflation a été la conséquence des déficits budgétaires des États et d'une création monétaire excessive pour contrôler les effets économiques néfastes de la pandémie de 2020-2022.

La question centrale devient donc de savoir si 2024 sera une année au cours de laquelle les principales économies éviteront ou non une récession économique, soit deux trimestres de suite, au minimum, de contraction du PIB.

L'exubérance sur les marchés boursiers et obligataires semble indiquer que ceux-ci anticipent un ralentissement économique en douceur, sous l'impulsion d'une régression marquée de l'inflation et de baisses multiples des taux d'intérêt à venir.

L'alternative à considérer, contrairement à l'optimisme environnant, pourrait être celle d'une année caractérisée par une récession économique classique, plus ou moins sévère, conséquence des déséquilibres économiques et financiers accumulés dans le passé. Cela pourrait aussi être causé par des chocs économiques, financiers et géopolitiques imprévus et à venir.

La situation économique aux États-Unis

Même si l'économie américaine est présentement la plus résiliente de toutes, étant au quasi-plein emploi avec un taux de chômage officiel de 3,7 pourcent, et profite d'une confiance des consommateurs à la hausse, néanmoins, un certain nombre de fissures apparaissent au tableau.

Par exemple, l'indice des indicateurs avancés du Conference Board américain est toujours en baisse et prévoit une légère récession économique aux États-Unis, en 2024. De plus, même si l'emploi aux États-Unis reste stable, les offres d'emploi sont en baisse. Cela pourrait indiquer que les projets d'investissement et de production dans certains secteurs sont ajusté aussi à la baisse.

Il faut dire qu'en plus de son secteur technologique dynamique, les États-Unis peuvent aussi compter sur une industrie de l'armement fortement subventionnée, prospère et en pleine croissance. Il s'agit d'un secteur industriel qui comprend plus de 200 000 entreprises, les plus importantes étant Lockheed Martin, RTX (Raytheon), General Dynamics et Boeing.

Ces entreprises contribuent grandement au développement industriel et à la prospérité de certains états américains, tels ceux de l'Alabama, du Connecticut, de la Virginie, du Texas et de la Californie.

La situation économique en Europe et au Canada est plus fragile

Les économies européennes et canadienne sont moins performantes que l'économie américaine et certaines d'entre elles sont déjà entrées en contraction.

Il est même possible que les données économiques qui seront dévoilées au mois de mars prochain viennent confirmer que certains pays européens et le Canada sont déjà entrés en récession, après deux trimestres de suite de baisse de leur production intérieure.

En Europe, une crise énergétique découlant du conflit russo-ukrainien s'ajoute à la remontée des taux d'intérêt pour ralentir les économies, notamment celles des 20 pays de la zone euro. Les plus en danger face à une récession sont présentement les économies allemande et italienne.

Au Canada, le taux de chômage est encore respectable à 5,8 pourcent. Mais la croissance de l'emploi est anémique avec une croissance de seulement 100 emplois au cours du mois de décembre.

De plus, en grande partie due à une politique d'immigration de la porte ouverte, la population canadienne croît à un rythme record, lequel est de loin le plus élevé de tous les pays industrialisés, alors que la croissance de l'emploi stagne. 

Il en résulte une baisse du niveau de vie, ou du PIB réel par habitant. 

Une période de stagflation est aussi à prévoir. En effet, une immigration massive, sans de gros investissements dans les infrastructures, gonfle la demande globale mais abaisse la productivité. On se retrouve à la fois avec de l'inflation et un ralentissement économique.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a même publié une étude, en mars 2023, dans laquelle elle souligne que le Canada est à la traîne des économies développées au chapitre du niveau de vie de sa population, lequel ne cesse de se dégrader depuis 2014, sous l'effet d'une immigration débridée et d'une productivité générale déficiente.

Les risques géopolitiques

Ce qui serait de nature à transformer une récession économique légère en une plus sérieuse, serait une expansion des ruineux conflits militaires en cours en Ukraine et au Moyen Orient, ou de nouvelles guerres hégémoniques.

Dans un tel cas, comme la plupart des bouleversements doivent composer avec des niveaux d'endettement élevés (c.-à-d. des dettes publiques totales supérieures à la production intérieure totale), de tels développements seraient de nature à relancer l'inflation et causer une nouvelle flambée des taux d'intérêt, au cours des années à venir.

Il est rare que les conditions économiques et les risques géopolitiques soient aussi intimement reliés, mais c'est malheureusement dans le type de monde dans lequel nous vivons de nos jours.

Conclusions

La principale énigme économique consiste donc à évaluer si le ralentissement économique anticipé en 2024 sera léger et peu perturbateur des marchés du travail et des marchés boursiers, ou plutôt, si des facteurs financiers imprévus, comme la faillite d'une importante institution financière, feront en sorte que ce soit un récession économique mondiale plus importante et plus sévère.

La boule géopolitique est plus embrouillée car le gouvernement américain de Joe Biden semble se complaire dans les conflits militaires, même si le président américain avait promis, à son arrivée en poste, de recourir davantage à la diplomatie, pour régler les différents internationaux.

Quoiqu'il en soit, il est fort probable que l'année 2024 sera un point tournant tant au plan économique que géopolitique.

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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, (Fides). Il est titulaire d'un doctorat en finance internationale de l'Université Stanford.



On peut le contacter à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

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Mis en ligne, le jeudi, 11 janvier 2024; modifié le 17 janvier 2024.

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© 2024 Prof. Rodrigue Tremblay

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Vendredi, le 20 octobre 2023, 

Dangers et leçons à tirer de la sempiternelle guerre israélo-palestinienne, une vue globale

Par Rodrigue Tremblayprofesseur émérite de sciences économique et ancien ministre de l'industrie et du commerce québécois, et auteur du livre géopolitique « Le Nouvel empire américain », l'Harmattan, 2004, et auteur du livre « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 », Fides, 2018. 

[Opérations sous fausse bannière] : « Les pouvoirs en place comprennent que pour créer l'atmosphère appropriée à une guerre, il est nécessaire de créer au sein de la population en général une haine, une peur ou une méfiance à l'égard des autres, que ces autres appartiennent ou non à un certain groupe de personnes ou à une religion ou à une nation.» James Morcan (1978- ), acteur, écrivain et producteur né en Nouvelle-Zélande et résidant en Australie, 2014.

« Je connais bien l'Amérique. L'Amérique est une chose que l'on peut très facilement déplacer dans la bonne direction. Il ne nous gêneront pas.» Benyamin Nétanyahou (1949- ), premier ministre israélien (1996-1999), (2009-2021) et (2022- ), déclaration dans une vidéo en 2001, parlant à des colons israéliens en Cisjordanie, (cité dans "Netanyahu: 'America is a thing you can move very easily', The Washington Post, July 16, 2010).

« Nous devons nous rappeler qu'en temps de guerre, ce qui est dit du côté du front ennemi est toujours de la propagande, et ce qui est dit de notre côté du front est la vérité et la justice, la cause de l'humanité et une croisade pour la paix. » Walter Lippmann (1889-1974), journaliste américain, (tiré de son livre 'Public Opinion', 1922).

« Ceux qui veulent contrecarrer la création d'un État palestinien devraient soutenir le renforcement du Hamas et le transfert d'argent au Hamas. » ... « Cela fait partie de notre stratégie — isoler les Palestiniens de Gaza des Palestiniens de Cisjordanie. » Benyamin Nétanyahou (1949- ), premier ministre israélien (1996-1999), (2009-2021) et (2022- ), déclaration faite en 2019, telle que rapportée dans le 'Times of Israel', le 8 octobre 2023.

Introduction

De nos jours, presque toutes les guerres, impliquant des gouvernements qui ont accès à d'énormes moyens de propagande, sont soit délibérément provoquées, soit simplement le résultat d'opérations sous fausse bannière, dissimulées et camouflées sous un manteau de mensonges et de fausses nouvelles. En temps de guerre, toutes les parties mentent. Des médias passifs ou complaisants aidant, il n'y a pas une personne distraite sur cent qui peut y voir clair.

Les affrontements à coups de roquettes et de missiles entre le Hamas islamiste et Israël, et les atrocités et les crimes de guerre commis contre des civils, ne sont pas nouveaux. Cette flambée de violence est, en réalité, la continuation d'un conflit historique qui se poursuit et qui va même en empirant.

En effet, il y a deux ans, en mai 2021, il s'est produit de sérieuses émeutes à l'esplanade des Mosquées, à Jérusalem, lesquelles ont fait 520 blessés parmi les Palestiniens et 32 blessés parmi les policiers. Il s'en était suivi une escalade entre Israël et le Hamas. Ce dernier avait lancé plus de 1000 roquettes vers Israël, tandis que l'armée israélienne avait lancé un déluge de feu sur la bande de Gaza, causant plus de 150 morts palestiniens et 10 morts du côté israélien.

Il y a six mois, soit les 5 et 6 avril, 2023, de nouvelles émeutes se sont produites à la mosquée al-Aqsa, à Jerusalem.

Il est donc surprenant que les attaques du Hamas à coups de roquettes, le samedi 7 octobre 2023, et baptisées 'Déluge d'al-Aqsa' par les Palestiniens, semblent avoir pris tellement d'observateurs par surprise.

De même, on ne peut que demeurer perplexe quand le gouvernement israélien, lui même, dit avoir été pris par surprise, alors que ses relations avec les populations palestiniennes sont très tendues, tout particulièrement depuis 2021.

Néanmoins, l'Agence France-Presse a publié la version officielle selon laquelle il y aurait eu un « échec des services de renseignement israéliens » à prédire l'offensive militaire du Hamas contre des villes israéliennes, laquelle offensive, dit-on, se préparait « depuis plus d'un an » et que certains qualifient maintenant de 11 septembre israélien !

Fait significatif, l'agence de nouvelles a aussi rapporté que le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant (1958- ) a déclaré : « Nous changerons la réalité sur le terrain à Gaza ». « Ce qui existait avant ne sera plus. »

Le même ministre a déclaré lundi le 9 octobre qu'il imposait « un siège complet » à la bande de Gaza : « Il n'y aura pas d'électricité, pas de nourriture, pas de carburant, tout est fermé. » Ajoutant, « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence », oubliant que les nazis qualifiaient les Juifs allemands de 'sous-hommes' (Untermenschen), pour justifier un génocide.

Pour sa part, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (1949- ), un politicien ultra-orthodoxe partisan de « Eretz Israël », le « Grand Israël » de la Bible, a proclamé que « Israël et la bande de Gaza sont en guerre. »

Il faut souligner, par ailleurs, que la bande de Gaza est entourée par un mur de 64 kilomètres de long et d'une hauteur de six mètres, muni d'une barrière souterraine. De plus, cette enceinte est équipée de censeurs, de caméras et d'un système de surveillance automatique lequel est relié à un centre de commandement sous la surveillance de soldats.

Qu'est-ce qui retourne de tout cela ?

Comment expliquer que le gouvernement israélien de Nétanyahou n'eut aucune idée que le Hamas préparait une attaque ?

La question est de savoir pourquoi et comment l'armée et la marine israéliennes, lesquelles imposent un blocus terrestre et maritime serré à tout ce qui entre dans la bande de Gaza depuis 2007, de même que les services secrets du Mossad, aient pu ne pas savoir ce qui se préparait.

Est-ce que cela est vraisemblable ? A-t-on fermé volontairement les yeux ? Il semblerait crucial pour la suite des choses d'élucider pareil mystère.

L'explication alternative serait que nous soyons possiblement en présence d'un laissez-faire plus ou moins volontaire de la part de certaines autorités, à commencer par le premier ministre Nétanyahou lui-même, en ne prenant pas les précautions nécessaires pour empêcher une flambée d'attaques militaires de la part du Hamas.

D'une part, une telle négligence n'était pas sans poser une menace à la population civile israélienne. D'autre part, comme cela est arrivé dans le passé, la population palestinienne allait devoir subir des bombardements israéliens meurtriers, conséquence d'une réaction de vengeance de la part du gouvernement israélien. À ce titre, que signifie la déclaration ci-haut mentionnée du ministre israélien de la Défense, immédiatement après les attaques du 7 octobre, à l'effet qu'à Gaza, « ce qui existait avant ne sera plus » ?

Pourquoi les avertissements répétés d'une attaque imminente ont-ils été ignorés ?

Plus fondamentalement, peut-être, comment interpréter le reportage selon lequel le ministre égyptien des renseignements, le général Abbas Kamel, a appelé Nétanyahou des jours avant les attaques du Hamas, l'avertissant que les militants à Gaza préparaient «quelque chose d'inhabituel, une opération terrible. » ?

Les Égyptiens furent consternés devant l'indifférence de Nétanyahou après qu'on lui ait transmise une information fiable.« Nous avons averti à plusieurs reprises les Israéliens que la situation avait atteint le point d'explosion et qu'elle serait très grave. Mais ils l'ont pris à la légère » a affirmé un responsable des services égyptiens, tel que rapporté par le journal Le Figaro.

Ces avertissements ont été ignorés et ont été rejetés par le bureau du premier ministre comme étant une fausse nouvelle ! Si c'est le cas, pourquoi ne pas avoir néanmoins enquêté et pourquoi ne s'y être point préparé à y faire face, par simple précaution ?

D'autant plus que la nouvelle selon laquelle le gouvernement Nétanyahou avait été prévenu, plusieurs jours avant les attaques du Hamas, a été confirmée par le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, Michael McCaul (R-Tex), ce dernier étant en possession de renseignements classifiés.

La question se pose donc : le gouvernement Nétanyahou a-t-il réellement été confronté à une attaque imprévue de la part du Hamas, ou sommes-nous plutôt en présence d'une guerre qui a été possiblement facilitée, par omission ou autrement ? Dans ce dernier cas, cela pourrait être politiquement explosif pour le gouvernement Nétanyahou. Ce serait, en fait, bien plus qu'une simple négligence.

Beaucoup d'Israéliens croient que ce fut effectivement le cas. Selon un sondage réalisé jeudi, le 22 octobre, une écrasante majorité de 86 pourcent des Israéliens estiment que leur gouvernement et Nétanyahou en tête sont responsables des attaques et du massacre qui se sont produits en Israël. En outre, plus de la moitié des Israéliens croient que Nétanyahou devrait démissionner.

Le célèbre journaliste d'enquête américain, Seymour Hershestime pour sa part que M. Nétanyahou devra répondre de sa gestion devant la population et que ses jours au pouvoir seraient comptés. Il semble y avoir un plan pré-établi du gouvernement Nétanyahou pour éradiquer le Hamas, raser Gaza et expulser la population palestinienne.

Comme dans tout autre conflit, il importe de poser la question Cui bono ? ou, à qui le crime profite en bout de ligne ?

Cette 'nouvelle' guerre israélo-palestinienne, présentée comme une 'surprise', pourrait bien arriver à point donné pour les politiciens Benyamin Nétanyahou et Joe Biden (1946- ).

• D'une part, le nouveau gouvernement de coalition du Premier ministre Nétanyahou, élu à la fin de 2022, est le plus à droite de l'histoire d'Israël. En effet, il s'est allié à des formatons sionistes d'extrême droite et anti-palestiniennes, lesquelles proposent l'annexion d'une partie de la Cisjordanie (West Bank), un territoire occupé par Israël depuis 1967.

D'autre part, Nétanyahou a provoqué des manifestations monstres anti-gouvernement dans son pays, quand il a fait adopter un projet de refonte judiciaire pour favoriser les extrémistes religieux qui font partie de son gouvernement.

Quant au président étasunien Joe Biden, il a déjà dit, à de multiples occasions, ici et ici, qu'il se considérait un 'sioniste'. Il a aussi affirmé que Nétanyahou était un « ami depuis des décennies » en plus d'affirmer que le soutien des États-Unis à Israël était « gravé dans le marbre et inébranlable ». Or, Biden fait présentement face à de mauvais sondages, tant pour sa gestion que pour son âge avancé.

En effet, à un an des élections présidentielles américaines, le candidat démocrate présomptif à la présidence a peu de chance d'être réélu, malgré les frasques de son adversaire républicain présumé, Donald Trump, ou qui que ce soit d'autre que les républicains choisissent comme candidat.

Seule une guerre de grande ampleur et impliquant les États-Unis serait de nature à changer la donne et à renflouer Biden politiquement.

Force est de constater que la guerre provoquée en Ukraine traîne de la patte, malgré les $200 milliards déjà 'investis' par le gouvernement américain et par plusieurs pays de l'OTAN dans cette guerre par procuration. Cela survient au moment où les républicains du Congrès étasunien s'opposent de plus en plus à ce que le gouvernement de Washington continue de servir de banquier au gouvernement ukrainien de V. Zelensky. De plus, les sondages montrent qu'une majorité d'américains ordinaires s'opposent à ce que leurs taxes et impôts s'en aillent en Ukraine alors qu'il existe des besoins criants au pays.

Une guerre très médiatisée en Israël, par contre, serait de nature à renforcer l'attrait de Joe Biden, auprès des électeurs et des donateurs favorables à Israël, aux États-Unis. D'ailleurs, Joe Biden s'est immédiatement hâté, dès le début du nouveau conflit israélo-palestinien de promettre une nouvelle aide militaire américaine de $14,3 milliards à Israël, au-delà des $3,8 milliards d'aide versés annuellement à ce pays.

Il ne faut pas oublier non plus que le premier ministre israélien et le président américain se sont rencontrés, à New York, deux semaines avant les attaques du Hamas, soit mercredi, le 20 septembre. Le compte rendu officiel de cette rencontre fait même état d'une « coopération étroite entre Israël et les États-Unis pour contrer toutes les menaces posées par l'Iran et ses mandataires ».

Une complication supplémentaire : la présence d'un important gisement de gaz naturel au large de la bande de Gaza

Pour souligner à quel point la situation est complexe dans cette partie du monde, il existe un important gisement de gaz naturel au large de la bande de Gaza, lequel pourrait être grandement profitable aux Palestiniens.

L'exploitation de ce champ gazier, baptisé Gaza Marine, fait l'objet de négociations entre le gouvernement israélien, l'Autorité palestinienne et l"Égypte. Tout cela implique nécessairement aussi le groupe du Hamas, concurrent de l'Autorité palestinienne sous le contrôle du parti Fatah.

Qui a le plus intérêt à faire échouer pareilles négociations ? Il est bien connu que le projet d'une occupation militaire de la bande de Gaza a, pour un de ses objectifs, de transférer la souveraineté des gisements de gaz naturel à Israël, en violation du droit international.

Les évènements à venir nous informeront davantage sur les dessous de cette nième guerre israélo-palestinienne, cette dernière semblant resurgir à tous les dix ans, quand le pourrissement atteint un niveau d'explosion.

Conclusions

Une première importante leçon géopolitique et morale se dégage du désastre humain des guerres à répétition entre Israéliens et Palestiniens : lorsque des dirigeants malavisés, sans vision, incompétents ou malhonnêtes laissent pourrir un problème politique, ce sont des personnes innocentes qui paient pour leur incurie.

Une deuxième grande constatation est bien celle que certains dirigeants en position pour le faire, ne font présentement rien pour renforcer les institutions internationales de paix, mais semblent plutôt attiser les conflits à travers le monde.

En troisième lieu, il faut dire que ce n'est pas seulement là où il y a des caméras et des photographes qu'il y a des atrocités et des crimes de guerre de commis. Les agressions qui consistent à lancer des missiles ou à larguer des bombes sur des populations tuent et massacrent tout autant des personnes (hommes, femmes et enfants), l'une que l'autre. Elles sont toutes les deux immorales.

Quatrièmement, les atrocités barbares et aveugles, perpétrées avec des armes modernes contre les populations civiles, sont non seulement illégales en regard du droit international, mais sont également inacceptables en vertu des principes humanitaires élémentaires.

Cinquièmement, on observe que les pires et insolubles conflits humains sont ceux qui reposent sur un fond de guerre de religion.

Finalement, les États qui ne respectent pas le droit international se créent des problèmes à eux-mêmes et sont une menace à la civilisation et à la paix mondiale.

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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, (Fides). Il est titulaire d'un doctorat en finance internationale de l'Université Stanford.



On peut le contacter à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

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Mis en ligne, le vendredi, 20 octobre 2023.

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© 2023 Prof. Rodrigue Tremblay

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Le "coup de force" du gouvernement fédéral contre le Québec, en 1982, a fait en sorte que le Québec est devenu une colonie intérieure, et pourquoi des correctifs s'imposent



Le samedi 23 septembre 2023

Le "coup de force" du gouvernement fédéral contre le Québec, en 1982, a fait en sorte que le Québec est devenu une colonie intérieure, et pourquoi des correctifs s'imposent

Par Rodrigue Tremblayprofesseur émérite de sciences économique et ancien ministre de l'industrie et du commerce québécois, et auteur du livre géopolitique « Le Nouvel empire américain », l'Harmattan, 2004, et auteur du livre « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 », Fides, 2018. 

« Le Canada n'a pas d'identité propre; Il n'y a pas de culture dominante au Canada et (...) cela fait de nous le premier État post-national » Justin Trudeau (1971-), dans une entrevue au New York Times Magazine, 10 novembre, 2015.

« À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera, indépendamment de votre foi. La diversité est notre force -#Bienvenue au Canada.» Justin Trudeau (1971-), dans un message sur Twitter, le 28 janvier 2017.

« Le multiculturalisme institutionnel [au Canada]...a été une mauvaise idée dès le début et, avec le temps, il apparaîtra probablement comme l'une des plus grandes erreurs de la politique publique récente au Canada » Robert Fulford (1932- ), journaliste canadien, (dans le journal Globe & Mail, le 19 février 1997).

« Le multiculturalisme chez nous menace les États-Unis et l'Occident; l'universalisme à l'étranger menace l'Occident et le monde. Tous les deux nient le caractère unique de la culture occidentale. » Samuel P. Huntington (1927-2008), politologue américain, (dans son livre 'Le choc des civilisations', 1996 en anglais et 2000 en français).

« Un niveau d'immigration supérieur à la capacité d'intégration ou d'assimilation d'une société n'est pas une immigration, mais une invasion.» Rodrigue Tremblay (1939-), le 10 février 2023.

Il est important de revenir sur le référendum tenu au Québec, le 20 mai 1980, et sur le coup de force du gouvernement fédéral canadien du temps, ce dernier s'en suivant pour dépouiller le Québec de droits et pouvoirs historiques.

1- Un plébiscite plutôt qu'un véritable référendum

Il faut dire, concernant le référendum tenu au Québec en 1980, que ce fut davantage un plébiscite qu'un véritable référendum. En effet, le gouvernement québécois du Premier ministre René Lévesque n'avait mis sur le bulletin de vote que sa seule option constitutionnelle, excluant les autres.

Siégeant alors à l'Assemblée nationale du Québec, j'étais en désaccord avec le plébiscite du gouvernement car je le trouvais trop risqué, d'un point de vue géopolitique. D'autant plus que le gouvernement fédéral du Premier ministre Pierre Elliott Trudeau ne s'était nullement engagé à respecter le résultat d'une telle consultation populaire. (Il faut rappeler que dans la tradition britannique, les référendums ne sont que consultatifs.)

En effet, j'estimais qu'en cas d'une défaite prévisible, une telle rebuffade de l'option du gouvernement du Québec par l'électorat pourrait placer le Québec à la merci du gouvernement fédéral canadien de Pierre Elliott Trudeau. Dans les faits, ce fut ce qui arriva.

À l'automne 1979, j'ai publié un livre 'La Troisième Option', dans lequel je proposais une renégociation du pacte fédéral, avant le rapatriement de l'Acte de l'Amérique du nord britannique de 1867, afin que le Québec puisse avoir un statut d'autonomie dans la nouvelle entente et avoir tous les pouvoirs spéciaux et prérogatives nécessaires à sa pérennité, compte tenu de son statut de seul territoire à majorité francophone, à l'intérieur de la fédération canadienne.

2- Pour être vraiment démocratique le référendum de 1980 aurait dû compter plus qu'une seule option constitutionnelle pour le Québec

En toute logique démocratique, un véritable référendum au Québec (comme celui tenu à Terre-Neuve en 1948, lequel comportait un choix entre trois options), aurait dû compter aussi trois options, soit : A- celle du gouvernement du Parti québécois (un mandat de négocier l'option de la Souveraineté-Association telle qu'explicitée dans un 'Livre Blanc') ; B- l'option d'un fédéralisme renouvelé de Claude Ryan (expliquée dans le 'Livre Beige' du Parti libéral du Québec) ; et C- un statut d'État autonome de type confédéral pour le Québec (avec les pouvoirs tels qu'explicités dans le livre 'La Troisième Option').

Si aucune option n'avait obtenu 50% des voix au premier tour, un second tour aurait été nécessaire (comme ce fut le cas à Terre-Neuve en 1948). L'exercice aurait été conforme au principe démocratique, car le résultat aurait reflété le choix majoritaire du peuple.

À l'époque, il ne semblait pas nécessaire de placer sur les bulletins de vote l'option connue de Pierre Elliott Trudeau. Cette dernière était, au mieux, le statu quo, et au pire, un fédéralisme davantage centralisé au niveau fédéral, avec des pouvoirs réduits pour le Québec. La raison étant qu'il était connu que cette option était rejetée par une grande majorité de la population québécoise. De plus, elle n'était point défendue par aucun parti ou membre de l'Assemblée nationale du Québec.

3- La défaite référendaire du gouvernement du Parti québécois, le 20 mai 1980, ouvrit la porte au rapatriement et à la modification de la constitution canadienne, sans la participation du Québec et sans l'acceptation du Gouvernement du Québec et de sa population

La défaite référendaire du gouvernement Lévesque fut sans équivoque avec un résultat de : Oui, 40% ; Non, 60%. Elle fournit un prétexte utile au gouvernement fédéral de P. E. Trudeau pour annoncer qu'il entendait procéder unilatéralement au rapatriement de l'Acte de l'Amérique du nord britannique (AANB) du Parlement britannique, et d'y ajouter des éléments nouveaux, lesquels se traduiraient par une diminution importante des droits historiques et des pouvoirs du Parlement du Québec.

Dan un tel contexte, tant le gouvernement du Québec que l'opposition officielle se trouvaient dans une position très désavantageuse pour faire échec au gouvernement fédéral et empêcher qu'il aille de l'avant avec son projet unilatéral.

D'une part, le chef du camp du Non, M. Claude Ryan, avait moralement 'gagné' le plébiscite de 1980, mais il n'état pas au pouvoir pour défendre son option en faveur d'un fédéralisme renouvelé, avec des pouvoirs accrus pour le Québec. D'autre part, le Premier ministre fédéral Pierre Elliott Trudeau était en poste à Ottawa et il pouvait tirer profit de la situation et vouloir imposer sa propre option constitutionnelle, laquelle n'avait jamais été discutée et débattue démocratiquement durant la période référendaire québécoise de 1980.

C'est un fait que le Premier ministre Lévesque a probablement manqué de jugement, en ne démissionnant pas après sa défaite référendaire, mais cela ne justifiait en aucun cas que le gouvernement fédéral veuille modifier unilatéralement la constitution canadienne, sans l'accord du Québec, et de retirer de force du Parlement québécois des droits et des pouvoirs historiques.

4- Le 'Groupe des huit' et le rôle de la Cour Suprême fédérale

Une autre démarche du gouvernement Lévesque à cette époque, en plus de ne point démissionner après sa défaite référendaire, fut de se joindre à sept autres gouvernements provinciaux pour former le Groupe des huit, dans le but de faire échec aux visées constitutionnelles unilatérales du gouvernement fédéral.

Comme je l'explique avec plus de détails dans mon livre 'La régression tranquille du Québec, 1980-2018', Fides, 2018, il a suffi au premier ministre canadien pour isoler le gouvernement du Québec et pour rallier les neuf provinces anglophones à sa cause, de faire des concessions mineures à ces dernières. Cela se produisit lors d'une nuit fatidique au Château Laurier à Ottawa, connue au Québec comme étant la 'Nuit des longs couteaux' du 4 novembre 1981, et cela, en l'absence des représentants du gouvernement québécois.

C'est ainsi que le Québec et sa population devinrent les victimes d'un 'coup de force' constitutionnel historique, lequel pava la voie à l'adoption de la Loi constitutionnelle de 1982, officiellement ratifiée le 17 avril 1982 par la Reine Elizabeth II. Cette loi, imposée au Québec et sans avoir jamais été signée par le gouvernement du Québec, ni acceptée par le peuple québécois lors d'un référendum constitutionnel en bonne et due forme, a retranché des pans entiers de droits et de pouvoirs historiques. Ce fut le cas notamment, en matières de langue, d'éducation, de culture et de laïcité, en vertu de l'esprit du Code civil du Québec, lequel date de l'Acte de Québec de 1774. Il s'agit de domaines qui relevaient auparavant de sa compétence et qui sont nécessaires pour assurer sa survie dans le temps comme seule province à majorité francophone dans la fédération canadienne.

 Il faut dire que la Cour suprême du Canada, un organe exclusivement fédéral, (contrairement à ce qui existe en Allemagne où un semblable tribunal est composé de juges à moitié nommés par le gouvernement central et à moitié par les länders ou provinces), contribua pour beaucoup à l'injustice faite au Québec en 1982. En effet, elle statua arbitrairement, le 28 septembre 1981, que le droit de veto traditionnellement exercé à plusieurs reprises par le Québec, une des quatre provinces signataires du pacte confédéral de 1867, et dont les modifications reposaient sur la règle de l'unanimité jusqu'alors, n'avait pas un fondement légal mais uniquement politique.

Cette interprétation lui permit de conclure que le rapatriement de la constitution canadienne de Londres et sa modification en profondeur pouvaient se faire pourvu qu'un « nombre suffisant » de gouvernements provinciaux soient d'accord, sans tenir compte des intérêts et prérogatives de la seule province à majorité francophone au Canada, le Québec.

La Loi constitutionnelle de 1982 a conféré d'importants pouvoirs à la Cour suprême du Canada, laquelle avait déjà profité du rapatriement des pouvoirs du Conseil Privé de Londres, en 1949, pour non seulement statuer sur la forme des lois adoptées démocratiquement par les parlements, mais aussi sur le fond.

Depuis, le gouvernement du Québec, notamment en matières de langue, d'éducation, de culture et de laïcité, tous des domaines qui relevaient auparavant de sa compétence exclusive, est soumis à l'arbitraire d'un gouvernement des juges fédéraux non élus, lequel organe peut modifier ou même renverser des lois adoptées démocratiquement.

L'idéologie politique du multiculturalisme insérée dans la Loi constitutionnelle de 1982 —laquelle faut-il le rappeler n'a jamais été signée par le gouvernement du Québec— a aussi servi de justification pour l'adoption d'une politique fédérale d'immigration super massive de remplacement de population, en très grande majorité intégrée au Canada anglais. Cette politique de surimmigration est l'œuvre du gouvernement fédéral libéral de Justin Trudeau, depuis 2015.

Le Canada est le seul pays au monde qui a constitutionnalisé une telle idéologie de multiculturalisme, de nature intrinsèque changeante ou facultative. À terme, cette idéologie est une menace au pouvoir politique du Québec et à la survie même de la nation canadienne-française dans son ensemble.

La centralisation politique et juridique au niveau fédéral canadien, injustement imposée au Québec depuis 1982, tend de facto à ramener le Québec, seul foyer majoritaire des francophones dans la fédération canadienne, au statut d'une colonie intérieure, soumise politiquement aux diktats du Canada anglais.

Une telle centralisation politique et juridique accrue et imposée de force a fait reculer les droits et pouvoirs historiques du Québec et de sa population de plus de 100 ans, soit depuis l'adoption de l'Acte de l'Amérique du nord britannique de 1867.

Il en a résulté une entorse majeure à la justice, à la démocratie et au droit des peuples de s'autogérer. En effet, c'est une réalité que depuis 1982, la démocratie canadienne a été placée dans un carcan politico-juridique.

Conclusion

Conséquemment,

Étant donné que le Loi constitutionnelle de 1982 a imposé, de force, une réduction des droits et pouvoirs historiques du Québec, notamment en matières de langue, d'éducation de culture et de laïcité, tous des domaines qui relevaient auparavant de sa compétence exclusive, et qui sont nécessaires pour assurer sa survie dans le temps comme seule province à majorité francophone ;

Étant donné que le Québec n'est pas une province comme les autres, parce qu'étant la seule province à majorité francophone au Canada et parce qu'il est inadmissible qu'on lui ait retiré de force des droits et pouvoirs existentiels, sans son consentement ;

Étant donné qu'une telle situation est susceptible de mener à terme, à la louisianisation du Québec et possiblement à sa disparition en tant que seul État à majorité francophone à l'intérieur de la fédération canadienne ;

Étant donné que ni le gouvernement du Québec, ni la population québécoise, n'ont été directement et démocratiquement consultés sur l'acceptation ou non de la Loi constitutionnelle de 1982 ;

Il s'en suit que des correctifs de nature politique doivent être apportés avant que des dommages irréparables ne résultent de la mise en tutelle du gouvernement du Québec et de l'assujettissement de la population québécoise à la majorité anglo-canadienne.

Par conséquent, le Parlement du Québec se doit de déclarer solennellement qu'il n'a jamais entériné la Loi constitutionnelle de 1982 et proclamer, dans les meilleurs délais, qu'il est un État autonome à l'intérieur de la fédération canadienne, avec tous les droits historiques et pouvoirs nécessaires à sa survie et à son développement.

Notons qu'il ne s'agit nullement d'un statut injustifié dans les circonstances, dans l'histoire et dans le droit, car il existe de tels états ou régions autonomes dans une quarantaine de pays dans le monde, tous établis pour permettre à d'importantes minorités linguistiques de survivre en toute justice et de prospérer dans la paix.

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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d'économie à l'Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, (Fides). Il est titulaire d'un doctorat en finance internationale de l'Université Stanford.



On peut le contacter à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l'auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

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Mis en ligne, le samedi, 23 septembre 2023.

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© 2023 Prof. Rodrigue Tremblay

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