Mardi, le 2 juin 2026
L'Intelligence Artificielle (IA) annonce une ère du post-humain avec d'importants bouleversements économiques, sociaux et même moraux
« L'intelligence artificielle (IA) touchera toutes les professions, toutes les salles de classe, tous les hôpitaux, tous les laboratoires, chaque personne et toutes vos relations. » Eric Schmidt (1955-), ancien directeur général de Google, dans un discours de graduation aux diplômés de l'Université d'Arizona, et lequel fut hué par les étudiants, le vendredi 15 mai 2026.
« L'intelligence artificielle (IA) est probablement la chose la plus importante sur laquelle l'humanité n'ait jamais travaillé. Je considère cela comme quelque chose de plus profond que l'électricité ou le feu. » Sundar Pichai (1972- ), directeur général de Google, (déclaration faite en 2018, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse).
« Le développement d'une intelligence artificielle complète pourrait sonner le glas de l'humanité... Elle s'améliorera de manière autonome à un rythme croissant. Les humains, limités par l'évolution biologique lente, ne pourraient pas concurrencer et seraient dépassée. » Stephen Hawking (1942-2018), physicien britannique, dans une interview accordée à la BBC le 2 décembre 2014.
« Toute technologie qui facilite le fait de frapper sans voir le vissage de l'autre abaisse le seuil moral du conflit. » Pape Léon XIV (1955- ) dans sa première encyclique « Magnifica Humanitas » (ou Magnifique Humanité), le 25 mai 2026.
Les développements de l'Intelligence Artificielle (IA) et de l'automatisation du travail progressent rapidement et offre des applications et des bénéfices dans de nombreux domaines. Il s'agit d'une technologie qui va définir l'avenir économique.
Cependant, une telle 'destruction créatrice' trop rapide et aveugle de toutes les fonctionnalités de la nouvelle technologie, de plus en plus puissante, pourrait poser d'importants risques, et même causer des menaces et des perturbations, surtout pour les travailleurs, mais aussi pour les entreprises et pour les écrivains et les artistes, et pour l'ensemble des économies et des sociétés.
Dans le monde post-humain qui se dessine, l'humanité pourrait être confrontée à des défis sans précédent, dans un contexte économique où les humains ne seront plus au centre des préoccupations. (Il existe déjà un marché en pleine expansion pour des robots humanoïdes NEO à être utilisés de diverses façons !)
Le monde pourrait voir certains secteurs de l'économie où les humains seront accessoires et même carrément écartés. Pour cette raison, l'IA est porteuse de transformations technologiques, mais quelques unes d'entre elles bouleverseront les niveaux de vie et influenceront la façon dont les humains perçoivent le travail, les revenus et la vie en société.
Pour le moment, il s'agit d'une technologie robotique qui rend le travail plus productif et plus complexe dans plusieurs industries, ce qui peut être bénéfique pour la croissance économique. De plus, un essor des investissements dans les centres de données et les centrales électriques est aussi de nature à stimuler la croissance économique.
Pour les travailleurs, cependant, l'IA fait aussi en sorte de remplacer de nombreux emplois requérant peu de qualifications et ceux du travail indépendant, dans de nombreux secteurs même si certains autres domaines exigeront des compétences spécifiques et seront mieux protégés contre son influence.
Dès lors, une question se pose : dans un monde post-travail, avec de nombreux emplois en voie de disparition en raison de l'utilisation croissante de l'IA, d'où proviendront la demande effective et les revenus nécessaires au maintien du niveau de vie ? En effet, la disparition du travail et des revenus pour de nombreuses catégories de travailleurs n'augure rien de bon pour l'avenir de la macroéconomie.
C'est pourquoi les gouvernements vont devoir réfléchir sur comment faire face à un nouveau phénomène de chômage ou de sous-emploi lié à l'IA, notamment pour les jeunes travailleurs, lesquels risquent de se retrouver face à des emplois sans avenir. Ils devront aussi établir les niveaux d'imposition et de réglementation pour éviter les pires débordements.
I- L'intelligence artificielle (IA) et l'économie
On observe déjà les effets technologiques de l'Intelligence artificielle générative (IA) et du génie digital sur l'économie, notamment en termes d'augmentation de la rentabilité de certaines entreprises, d'individus et d'organisations.
Dans ce nouveau monde, il faut s'attendre à d'importantes perturbations sur les marchés du travail et dans l'économie en général.
En effet, il pourrait en résulter d'énormes transferts de richesse entre les groupes sociaux, certains segments de la société s'enrichissant tandis que d'autres s'appauvrissent. Les investisseurs et les travailleurs dans les nouveaux secteurs technologiques en tireront de grands bénéfices. Par contre, les travailleurs touchés par les licenciements liés à la nouvelle technologie verront un ralentissement dans la croissance de leurs revenus, tandis que les plus jeunes travailleurs, entrant sur le marché du travail, risquent d'avoir moins d'opportunités.
En effet, des études montrent que les jeunes travailleurs diplômés trouvent déjà plus difficile de dénicher un emploi, tandis que d'autres travailleurs, plus expérimentés, se voient licenciés et remplacés par des robots algorithmiques ou par des machines intelligentes.
II- Les révolutions industrielles du passé
Depuis 1750, quatre grandes révolutions industrielles et innovations technologiques et scientifiques on transformé les économies, passant d'économies principalement agricoles et artisanales à des économies commerciales et industrielles, de plus en plus urbanisées et de plus en plus complexes et avancées.
· 1ère révolution industrielle (1750-1840) - La mécanisation, (l'invention du métier à tisser mécanique et des usines de textile et de vêtements, du moteur à vapeur pour le transport maritime et les chemins de fer, avec un recours au charbon comme source d'énergie, etc.);
· 2. La deuxième révolution industrielle (1870-1914) - La production de masse en usine, (l'ère de l'industrialisation avec la production de l'acier, de produits chimiques et de l'électricité, de l'automobile et du moteur à combustion interne à base de carburants dérivés du pétrole, etc.);
· 3. La troisième révolution industrielle (1970-2000) - L'automatisation et les communications, (l'implantation de la radio et de la télévision, l'avènement de l'ordinateur et le développement de l'Internet, les télécommunications informatisées par satellite et l'énergie nucléaire, dans un contexte de baisse des coûts du transport maritime et aérien, de la mondialisation économique et financière et de la libéralisation du commerce international, etc.;
· 4. La quatrième révolution industrielle (2010 à nos jours) - La robotisation, (l'émergence de systèmes de production cyber-physiques qui reposent sur des centrales électriques de données et des modèles d'intelligence artificielle. La robotisation implique des machines intelligentes capables de reproduire la flexibilité du travail humain et en mesure d'effectuer des tâches répétitives ou de routine, de plus en plus sophistiquées, etc.)
III- La première révolution industrielle a été difficile pour les travailleurs déplacés, mais les deuxième et troisième ont créé suffisamment de nouvelles industries pour incorporer une main d'œuvre accrue
Les trois premières grandes percées technologiques ont fortement accru la productivité du travail et les niveaux de vie. En plus, elles ont aussi conduit à l'émergence de nouvelles industries et de nouvelles catégories d'emploi dans de nombreux secteurs économiques.
Cependant, au cours de la 1ère révolution industrielle en Angleterre, particulièrement entre 1790 et 1840, il se produisit une période de chômage perturbateur pour les travailleurs. Ce fut la pause de Engels, du nom du philosophe allemand et théoricien marxiste Friedrich Engels (1820-1895).
Par contre, les propriétaires d'entreprises engrangèrent des profits accrus avec les gains d'efficacité des nouvelles sources d'énergie. Ce fut notamment le cas pour le moteur à vapeur qui révolutionna le transport maritime et terrestre au cours de la 1ère révolution industrielle. Cela conduisit à un essor de la production industrielle et du transport des matières premières, des marchandises et des personnes entre les pays et à l'intérieur de ces derniers.
Mais pour le travailleur moyen, le salaire réel est resté stable, voire a diminué, et l'espérance de vie moyenne dans certaines villes industrielles s'est effondrée à seulement 35 ans.
L'autre invention favorable à des occasions accrues de travail a été celle de l'automobile et du camionnage au début du 20e Siècle. Plusieurs nouvelles industries, en plus des usines d'assemblage, sont alors apparues avec la construction de réseaux routiers et de garages, et avec l'essor de l'industrie du tourisme de motels, de restaurants et de nouveaux centres de destination.
IV- La quatrième révolution industrielle pourrait créer du chômage et du sous-emploi d'une façon permanente
L'objectif principale de l'IA générative est de remplacer, lorsque cela est possible, les emplois peu qualifiés, et notamment les emplois de cols blancs et les emplois de services répétitifs, par des machines robotiques intelligentes ou des algorithmes informatiques, afin de réduire les coûts de main-d'œuvre et d'accroître la rentabilité des entreprises.
Contrairement aux autres innovations technologiques, cependant, il n'est pas certain que l'IA — à cause du choc de l'automatisation croissante de nombreux emplois — puisse générer beaucoup de nouvelles industries et de nouveaux emplois dans le reste de l'économie, suffisamment pour soutenir la croissance économique.
Par conséquent, dépendant de la conjoncture économique, on pourrait observer une hausse persistante du chômage ou du sous-emploi pour des catégories entières de travailleurs laissés pour compte, jeunes ou vieux, hommes ou femmes. Ceux-ci se retrouveraient alors privés de leurs moyens de subsistance et de leur dignité personnelle, et cela influencerait négativement leurs niveaux de vie et leurs perspectives.
De plus, des baisses importantes de salaires et de revenus pour les ménages à faibles et moyens revenus sont susceptibles de ralentir la demande et les dépenses globales des consommateurs, ce qui risque de nuire à la prospérité générale de l'économie.
Or, dans les plus grandes économies avancées, soit les pays du G7, les inégalités de revenus et de richesse sont plus grandes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a une quarantaine d'années, au milieu des années 1980. Reste à savoir si le remplacement du travail humain par la robotisation et l'intelligence artificielle peut ou non accentuer ces inégalités.
On pourrait penser que les gouvernements pourraient compenser de telles inégalités par de nouveaux programmes d'assistance sociale.
Or, deux situations rendent cette option peu probable. Premièrement, la plupart des gouvernements sont présentement surendettés et ils feront face dans les prochaines années à des crises fiscales. Deuxièmement, dans quelques démocraties, les citoyens ultra riches et les milliardaires ont obtenu le droit de dépenser des sommes illimitées d'argent pour placer au pouvoir des personnes qui défendent leurs intérêts privés.
Dans certaines démocraties, cela pourrait signifier un retour à l'époque de l'ère 'oligarchique' au 19e Siècle, alors que les gouvernements étaient sous la férule d'oligarques extrêmement riches.
Les applications de l'IA générative et l'affaiblissement du marché de l'emploi surviennent à un moment difficile, c'est-à-dire quand les politiques économiques de l'actuel gouvernement étasunien menacent le commerce international et que des économies surendettées sont au bord d'une récession économique.
V- Est-ce que l'Intelligence Artificielle générative pourrait représenter une menace pour l'humanité ?
Dans un avenir plus rapproché que l'on croit, des avancés en Intelligence Artificielle générative (IAG), ou des algorithmes d'intelligence artificielle capables d'égaler, voire de surpasser l'intelligence humaine et écarter le jugement et le bon sens humains, peuvent poser une sérieuse menace à l'humanité. Ce pourrait certes être le cas, surtout si ces techniques tombaient dans de mauvaises mains, à l'extérieur comme à l'intérieur des gouvernements.
Contrairement aux progrès technologiques du passé, en effet, de l'imprimerie et des machines à vapeur à l'électricité et à l'ordinateur, l'humain a toujours gardé le contrôle sur ces progrès techniques. Cela ne sera pas forcément le cas avec l'IAG. En effet, la prise de décision avec l'IAG pourrait, un jour, être autonome, et ne plus être entre des mains humaines.
Des artistes se plaignent déjà que des opérateurs peu scrupuleux d'IA générative imitent à la perfection leur identité physique, leur style et copient leurs œuvres, sans le consentement de leurs auteurs et sans rétribution. En effet, l'IA rend facile les falsifications et la tricherie.
Les gouvernements vont devoir légiférer pour protéger le droit d'auteur, avant que le piratage de personnalités, d'artistes et d'œuvres existantes ne deviennent une affaire courante. Il va falloir aussi se méfier des gouvernements guerriers et prédateurs qui se précipitent pour adapter l'intelligence artificielle à leurs plans de guerre.
Certains modèles d'IA impersonnels et totalement amoraux, et utilisés dans des simulations de guerre, peuvent aller jusqu'à recommander le lancement d'armes nucléaires. Ceci est particulièrement alarmant si de tels modèles ne prennent en compte que des résultats « d'efficacité », sans considération de légalité ni de moralité. De telles situations pourraient engendrer des catastrophes et des atrocités.
Le simple fait que de telles possibilités existent devraient dicter une approche prudente face aux développements avancés de l'IA et de l'IAG. Avant d'entrer pour de bon dans une ère d'obsolescence humaine et d'une domination d'agents autonomes de l'intelligence artificielle, il serait sage de réfléchir aux conséquences pour l'humanité et de savoir comment les encadrer.
Conclusion
Un nouvel âge 'oligarchique' se dessine sous nos yeux, alors que de grandes entreprises privées procèdent à des licenciements massifs et s'appuient, de plus en plus, sur des agents de l'Intelligence Artificielle (IA) pour se décharger en partie de leur responsabilité sociale de recruter, embaucher et de former des employés, tout en engrangeant des profits toujours plus importants.
À terme, des catégories entières de travailleurs pourraient devenir économiquement inemployables aux yeux des employeurs, et cela affectera l'ensemble de la population et l'économie en général. Le remplacement de l'humain par des robots intelligents dans de nombreux domaines d'activité sera un facteur d'aliénation pour une grande partie de la population.
Une grave crise du travail se profile à l'horizon et l'on peut s'attendre à ce que les disparités de revenus et de richesse entre nantis et pauvres s'accroissent.
Pour le moment, certains super riches et optimistes oligarques s'activent pour mettre rapidement en œuvre la révolution industrielle de l'intelligence artificielle, sans trop se soucier des conséquences et de la transformation fondamentale qui risque de bouleverser le marché du travail et l'ensemble de l'économie, à court et moyen terme. Or, si des dommages économiques irréparables sont causés à une large partie de la population, cela pourrait annoncer des décennies dramatiques de déclin économique et de troubles sociaux.
Il incombe, par conséquent, aux gouvernements et aux organisations internationales de prendre des dispositions fiscales appropriées et d'établir des critères d'encadrement et des lignes directrices concernant les développements les plus risqués de l'intelligence artificielle (IA), afin de respecter la liberté et la dignité humaine.
Ils doivent aussi se préparer à faire face à des taux de chômage sectoriel et à des niveaux de sous-emploi accrus, surtout pour les jeunes travailleurs, mais aussi pour les écrivains et les artistes, s'ajoutant à toutes les autres conséquences économiques, financières, fiscales et sociales qui pourraient découler du nouveau paradigme industriel.
Les établissements d'enseignement, et notamment les universités, devraient se préparer à revoir leurs programmes pédagogiques et à les adapter aux nouvelles réalités du marché du travail.
Il y a, en plus, un risque moral. En effet, le monde devrait s'inquiéter que des gouvernements aux instincts totalitaires et mal intentionnés soient tentés de se servir de l'IA pour faire de la désinformation et pour mieux contrôler la population.
Il n'est pas exclu que des gouvernements bellicistes, impérialistes et prédateurs puissent exploiter l'IA générative pour rendre les guerres actuelles et futures encore plus fréquentes, plus meurtrières et plus destructrices. Par exemple, ils pourraient confier à des algorithmes d'intelligence artificielle générative le soin de développer de nouveaux armements peu coûteux, de type biologique, chimique ou radiologique, ce qui rendrait les guerres d'agression encore plus faciles et moins coûteuses.
En conséquence, une prudence élémentaire devrait guider les décideurs face aux bouleversements économiques, sociaux, industriels et même militaires qui sont sur le point de frapper les sociétés industrialisées de plein fouet, au cours des prochaines années.
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On peut contacter le Professeur Rodrigue Tremblay à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com
Il est l'auteur du livre de géopolitique Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.
Site internet de l'auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com
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Mis en ligne mardi, le 2 juin 2026.
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