Mercredi, le 2 septembre 2026
Les guerres militaires et commerciales de Donald Trump font chuter la croissance économique et alimentent l'inflation
Par Rodrigue Tremblay
« Démocratie et ploutocratie, c'est la même chose… Qui paie les musiciens choisit la musique. » Oswald Spengler (1880-1936), historien, philosophe et homme politique allemand, auteur du « Déclin de l’Occident » (1918).
« Lorsqu’un gouvernement accuse un déficit budgétaire, il injecte plus d’argent dans le portefeuille des citoyens qu’il n’en retire ; la demande de biens et de services tend donc à augmenter de manière générale. C’est ainsi que s’est propagée l’inflation qui sévit depuis le milieu des années 1960. » Arthur F. Burns (1904-1987), économiste américain et président de la Réserve fédérale (1970-1978), lors d’un discours à Belgrade, en Yougoslavie, le dimanche 30 septembre 1979.
« Toutes les crises financières mettent en cause des dettes qui, d’une manière ou d’une autre, deviennent dangereusement décalées par rapport aux moyens de paiement disponibles. »
John K. Galbraith (1908-2006), économiste américain, né au Canada, en 1994.
« Le nouvel ordre économique mondial se construira à partir de l’Europe. Le Canada est le plus européen des pays non européens, et nous transformons notre coopération avec l’Union européenne (UE). » Mark Carney (1965- ), Premier ministre canadien, économiste et banquier central, (lors d’un discours à Dublin, en Irlande, le samedi 12 juin 2026).
Le gouvernement D. Trump 2.0, sous la férule d’un seul homme, s’est lancé dans des guerres d’agression improvisées et illégales à l’étranger, en plus de déclencher des guerres commerciales contre de nombreux pays. De telles guerres ont engendré de la stagflation, soit une situation de hausse des prix intérieurs, une faible croissance économique et une baisse de l’emploi. (Et cela, même si l’intéressé avait promis de mettre fin aux guerres ruineuses à l’étranger !)
Les guerres d’agression sont généralement une source d’inflation intérieure et de perte de pouvoir d’achat pour la plupart des travailleurs et des consommateurs, à l’exception d’une minorité qui en profite, comme c’est le cas du complexe militaro-industriel et des spéculateurs boursiers.
En plus d’être illégales et immorales, car elles assassinent hommes, femmes et enfants et détruisent des pays, les guerres militaires d’agression sont coûteuses. C’est pourquoi, en pareilles circonstances, les gouvernements imposent un rationnement alimentaire général et le contrôle des prix et des salaires, comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).
• Les guerres commerciales sont perturbatrices pour toutes les économies
Donald Trump n’a pas seulement privatisé de facto le gouvernement américain. Il se comporte et agit comme s’il avait acheté la Maison-Blanche et la considère comme sa propriété privée. De plus, il recourt à une guerre commerciale avec les pays voisins pour mousser son image populiste intérieure.
En effet, au cours de son second mandat, D. Trump s’est lancé dans des guerres commerciales et dans des sanctions financières contre d'autres pays, en poursuivant un mélange opaque d'objectifs politiques, économiques et non économiques. En effet, en tant que démagogue égocentrique, Trump semble vouloir projeter une image de « vainqueur » auprès de sa base électorale américaine, au détriment des autres nations. Il est difficile de déterminer quand c’est la politique qui prime sur l’économique, ou quand c’est l’inverse.
À titre d’exemple, le vendredi 2 mars 2018, au lendemain de l’annonce de droits de douane généralisés sur les importations en provenance de certains pays, le président étasunien Donald Trump a déclaré que « les guerres commerciales sont une bonne chose et faciles à gagner ! » En réalité, selon la plupart des économistes, de telles guerres commerciales perturbent non seulement le pays qui les déclenche, mais aussi les économies des autres pays.
• Les insultes gratuites de D. Trump et ses taxes perturbatrices sur les importations en provenance du Canada
Le Canada est le deuxième plus grand pays du monde en étendue et possède d’importantes ressources naturelles en minéraux variés, en pétrole et en gaz, ainsi qu’un secteur financier et manufacturier solide.
Le Canada fournit 99 pour cent des importations américaines de gaz naturel, 87 pour cent des importations de potasse, 85 pour cent des importations d’électricité, 75 pour cent des importations d’aluminium primaire, et 60 pour cent des importations de pétrole brut. Le Canada est également une source importante de minéraux critiques pour les États-Unis, tels que l’uranium, le nickel, les terres rares, le cobalt, le fer, le cuivre, etc. De plus, le Canada recèle 20 pour cent des réserves d’eau potable mondiales.
C’est un pays souverain qui joue un rôle international important au sein de l’Organisation des Nations Unies, (ONU), depuis sa création en 1945, en tant que l’un de ses membres fondateurs et un des principaux participants à ses missions de paix. Le Canada est aussi un membre fondateur de l’OTAN, est membre de NORAD et un membre du Commonwealth britannique.
Il n’est donc pas surprenant que les échanges de biens et de services entre les deux pays voisins que sont le Canada et les États-Unis ont traditionnellement été d’une grande importance. Néanmoins, le politicien D. Trump continue de répéter le gros mensonge selon lequel « les États-Unis n’ont pas besoin du Canada » !
Ainsi, en 2025, les États-Unis ont exporté pour 333,62 milliards de dollars US de marchandises vers le Canada, tandis que le Canada a exporté pour 381,92 milliards de dollars US de produits vers les États-Unis. Cette situation s’explique principalement par les importantes importations américaines d’électricité et de pétrole brut, acheminés par pipelines depuis le Canada. Le Canada a ainsi enregistré un excédent commercial net avec les États-Unis de 48,30 milliards de dollars US.
Toutefois, le commerce net des services entre les deux économies est inverse, puisque le Canada importe chaque année davantage de services financiers, commerciaux, de divertissement, de transport et de tourisme des États-Unis, qu’il n'en exporte.
Selon le Service de recherche du Congrès américain, le déficit total de la balance des paiements des biens et services entre les États-Unis et le Canada en 2025 n’était que de 25 milliards de dollars américains, car le Canada affichait un déficit net de 23,3 milliards de dollars américains dans ses échanges de services avec les États-Unis.
C’est pourquoi le déséquilibre de la balance des paiements totale des échanges de biens et de services entre le Canada et les États-Unis est beaucoup moins important que ce que l’administration Trump 2.0 veut nous le faire croire.
[N.B. : Il n’est pas clairement précisé si les données américaines tiennent compte des bénéfices nets annuels que les entreprises américaines implantées au Canada, (Walmart, Costco, Alcoa, GMC, Ford, Exxon, etc.), exportent vers les États-Unis. Dans le cas contraire, il pourrait n'y avoir aucun excédent commercial canadien global de biens et de services entre les deux pays.]
Il semble que D. Trump exploite les relations commerciales canado-américaines pour trois raisons : premièrement, pour servir ses propres intérêts électoraux étroits, afin de satisfaire sa base électorale MAGA, de plus en plus réduite ; deuxièmement, en raison de son rêve insensé et fasciste de faire du Canada une colonie politique et économique de l’empire américain ; troisièmement, et c’est probablement la raison la plus convaincante, il s’agit de dissimuler l’implication criminelle de Trump dans les crimes sexuels toujours cachés dans les dossiers Epstein qu’il refuse de rendre publics, même si une loi du Congrès l’y obligeait.
Le vendredi 21 août 2026, D. Trump a utilisé le prétexte d’une vieille loi datant de 1930 pour imposer une taxe d'importation de 50 % sur des centaines de produits canadiens, allant du vin et des bâtons de hockey au ciment, à l’électronique et aux produits laitiers. Cette mesure agressive, et tout probablement illégale, a déclenché une guerre commerciale entre les deux pays voisins, aux conséquences économiques et politiques incalculables.
Le Wall Street Journal a qualifié la guerre commerciale de D. Trump contre le Canada de la « plus stupide » qui soit, car elle « n’a aucun sens économique ni politique ».
• La gestion publique incompétente de D. Trump
Les États-Unis, (et un certain nombre d'autres pays), se retrouvent aussi dans une situation de surendettement et sont au bord d’une spirale d’endettement et d’un piège de la dette.
En particulier, les déficits budgétaires et les niveaux d’endettement publics du gouvernement de D. Trump 2.0 continuent de s’accroître.
Ainsi, la production américaine annuelle est inférieure aux dépenses globales, et l’écart vient principalement de l’énorme déficit budgétaire annuel du gouvernement américain, de l’ordre de $1,700 milliards.
La dette publique américaine atteint $40, 000 milliards et elle représente 122,35 pour cent du produit intérieur brut (PIB), ce dernier étant égal à $32, 634 milliards. Un tel dérèglement fiscal se traduit par une pression inflationniste intérieure et des taux d’intérêt en hausse, mais aussi par des déficits commerciaux extérieurs quand le Trésor emprunte à l’étranger et renforce le dollar étasunien sur le marché des changes.
Or, le président D. Trump et son entourage sont incapables de comprendre que le pays vit au-dessus de ses moyens et dépense sans compter à l’étranger, en maintenant des centaines de bases militaires dans d’autres pays et en lançant des guerres coûteuses, ce qui gonfle le déficit fiscal du gouvernement et le déficit commercial extérieur, le tout en partie financé en vendant aux autres pays des obligations américaines libellées en dollars.
Cependant, les banques centrales étrangères sont de plus en plus réticentes à acheter des bons du Trésor libellés en dollars américains. En réalité, ce système, qui a permis à l’empire américain de financer aisément des dépenses colossales à l’étranger, sans conséquences dramatiques, touche à sa fin.
Non seulement le dollar américain est devenu officiellement une monnaie fiduciaire, le 15 août 1971, mais le système monétaire international qui repose sur le dollar est en déclin. L’arrivée au pouvoir d’un homme politique aussi peu préparé que Donald Trump (1946-) est sans précédent, en 250 ans d’histoire politique américaine, et cela accélère le déclin international du dollar.
En réalité, Donald Trump a, à lui seul, anéanti l’ordre économique international fondé sur des règles, un système vieux de 80 ans de coopération économique international. Il souhaite même reproduire les erreurs économiques des années 1930, sous la présidence d’Herbert Hoover, quand ce dernier signa le 17 juin 1930 la loi Smoot-Hawley, laquelle imposait des droits de douane de 20 pour cent sur les importations en provenance pays étrangers.
• Les disparités de revenus et de richesse aux États-Unis sont plus importantes que dans presque toutes les autres économies développées
En effet, les disparités de revenus et de richesse aux États-Unis se sont accrues au cours des 60 dernières années, et plus particulièrement depuis 1971, date à laquelle le dollar américain a commencé à perdre de son pouvoir d’achat et l’inflation a pris du terrain.
Les Américains vivant de leurs seuls revenus ou de leurs économies de retraite et locataires de leur logement ont subi les plus fortes pertes en termes réels.
Selon les calculs de l’American Urban Institute, l’inflation persistante aux États-Unis et les politiques gouvernementales ont largement favorisé les actionnaires et les propriétaires immobiliers. Il en a résulté un transfert massif de richesse des classes moyennes et des familles les plus pauvres vers les familles les plus aisées.
Par exemple, en 1963, les familles américaines les plus riches possédaient 36 fois plus de richesses que la famille américaine moyenne. En 2022, cependant, les inégalités de richesse avaient presque doublé, et elles possédaient 71 fois plus de richesses que les familles de la classe moyenne. L’avènement de l'intelligence artificielle (IA) et les bulles boursières ne manqueront pas d’accentuer ces disparités et d’aggraver la situation de l’économie américaine, déjà caractérisée par une structure en K.
La situation a empiré sous le régime dictatorial de Trump.
En effet, sous son régime, de nombreuses familles américaines ont vu leur niveau de vie se dégrader, en raison d’une inflation élevée et persistante, de l’emploi en déclin et d’une baisse du pouvoir d'achat, des salaires et des épargnes, en termes réels. En conséquence, les inégalités de revenus et de richesse ont empiré.
D. Trump a même déclaré publiquement « J’adore l’inflation », alors même que l’inflation favorise les spéculateurs boursiers et la minorité qui possède des capitaux, mais abaisse le niveau de vie de la plupart des autres Américains.
Il s’agit d’une situation économique et sociale fort préoccupante.
Conclusions
Depuis le 20 janvier 2025, l’homme politique Donald Trump s’est de facto forgé une réputation notoire de haute corruption et d’agent de chaos et de destruction, tant au niveau national qu’international. Il a lancé de nombreuses guerres d’agression, des guerres commerciales agressives contre des pays alliés, et a mis en place des prisons inhumaines gérées par l’ICE, aux États-Unis comme à l'étranger.
D. Trump est quelqu’un qui navigue à vue. Il se fie aux paroles qu’il a écouté de la dernière personne avec qui il a parlé !
De fait, le gouvernement Trump 2.0 restera dans les mémoires comme autocratique, impulsif, incompétent et dépourvu de connaissances professionnelles, et marqué par une corruption endémique, sans parler du dossier criminel du Président Trump lui-même.
Aujourd’hui, la plupart des personnes sensées devraient avoir compris pourquoi Donald Trump est un tel agent de chaos et de conflits. Cela tient à sa conception complexe des relations interpersonnelles et internationales : dans toute relation humaine, il doit y avoir un « gagnant » et un « perdant » absolus. Il n’y a guère de place pour des relations mutuellement bénéfiques ou pour une coopération et des échanges profitables « gagnant-gagnant ».
C’est peut-être pourquoi, avec un tel état d’esprit, Trump recourt à des tactiques violentes et prédatrices dans toute négociation contractuelle, insultant, menaçant, punissant, sanctionnant et intimidant l’autre partie, individus ou pays, afin d’en tirer un maximum de bénéfices immédiats pour lui et sa famille, ou de ressources pour son pays.
Cependant, une telle attitude égocentrique pourrait se retourner contre lui et mener à l’isolationnisme et à des conséquences néfastes.
En effet, la plupart des gens ordinaires n’apprécient guère d’être gouvernés par un tyran cruel, tandis que les dirigeants d’autres pays se méfient d’un belliciste qui ne respecte aucune loi, ni aucune alliance.
Le chaos et la destruction que l’administration Trump a infligés aux États-Unis et au monde sont une conséquence de ses méthodes violentes dans les relations internationales.
En effet, ses guerres improvisées et impérialistes, visant à menacer, intimider et s’emparer par la force des territoires et des richesses pétrolières d’autres pays, ont mené le système politique, économique et commercial international, vieux de 80 ans, au bord de l’effondrement. Jusqu’à présent, les principales victimes ont été le Vénézuéla et ses citoyens.
Par conséquent, la réputation d’honnêteté et de moralité des États-Unis auprès des nations du monde est en chute libre et a atteint son point le plus bas. Il faudra des années, voire des décennies, pour reconstruire un système politique et économique international fondé sur la coopération politique et le dynamisme économique.
Pour le bien de l’humanité et de la paix mondiale, il est à espérer que ce recul moral et civilisationnel ne soit pas irréversible et que des dirigeants plus éclairés émergent pour réparer les dégâts.
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On peut contacter le Professeur Rodrigue Tremblay à l'adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com
Il est l'auteur du livre de géopolitique Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.
Site internet de l'auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com
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Mis en ligne mercredi, le 2 septembre 2026.
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