Donald Trump est-il un nouveau Herbert Hoover ?



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Le Journal de Montréal. le lundi 4 juin 2018






Nate Beeler, the Columbus Dispatch via Cagle Cartoons


Mardi, le 5 juin 2018
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Donald Trump est-il un nouveau Herbert Hoover, avec sa politique d'isolationnisme et de protectionnisme ?
Auteur du livre « Le nouvel empire américain » et du livre « Le Code pour une éthique globale ».

« Considérer les importations [américaines] d’automobiles comme une menace à la sécurité nationale serait une catastrophe économique auto-infligée pour les consommateurs américains, les concessionnaires et les employés des concessionnaires. » Cody Lusk, président de l'American International Automobile Dealers Association, le mercredi 23 mai, 2018.

« Beaucoup de pays ont eu recours au protectionnisme douanier quand leurs économies allaient mal. Cela ne fonctionne presque jamais. Mais Donald Trump serait le premier dirigeant à le faire quand l'économie est en plein essor. Il essaie de résoudre un problème qui n’existe pas. L'industrie automobile américaine est en bonne santé. » Rufus Yerxa, président du National Foreign Trade Council, le mercredi 23 mai, 2018.

« La dépression de 1929 était si généralisée, si profonde et si longue parce que le système économique international était déstabilisé due à l'incapacité du gouvernement britannique et au refus des États-Unis d'assumer la responsabilité de le stabiliser en s'acquittant de cinq fonctions :
(1) Maintenir un marché relativement ouvert pour les marchandises excédentaires;
(2) fournir des prêts anticycliques à long terme, ou à tout le moins des prêts à long terme, stables ;
3) assurer un système de taux de change relativement stable ;
(4) faire en sorte de coordonner les politiques macroéconomiques ;
(5) servir de prêteur de dernier recours en actualisant ou en fournissant des liquidités en cas de crise financière. » Charles Kindleberger (1910-2003), historien économique américain, et auteur du livre La Grande Crise mondiale 1929-1939, 1973, (révisé et complété en 1986).

« Lorsque tous les pays se tournèrent vers la protection de leurs intérêts particuliers, l'intérêt public mondial tomba à l'eau et avec lui les intérêts privés de tout le monde. » Charles Kindleberger (1910-2003), historien économique américain et auteur de La Grande Crise 1929-1939, (1973, révisé et complété en 1986).

Le président étasunien Donald Trump semble orienter ses politiques de manière à isoler l’économie américaine des économies voisines, et même de l’économie mondiale, et semble ainsi disposé à rompre avec trois quarts de siècle de coopération économique plus étroite entre les pays, telle qu’élaborée après la Seconde Guerre mondiale. Ce faisant, il y a un danger réel que le système économique international soit structurellement déstabilisé pour des années à venir, ce qui ne signifie pas qu’un tel système n’ait guère besoin de subir des réformes.

Ce que de nombreux économistes appréhendent, c’est cette approche de Trump en matière de coopération économique internationale — ou absence de coopération — laquelle semble être un dangereux retour aux années ’30. — Si son gouvernement allait poursuivre sur cette lancée, cela pourrait se traduire par d’importants effets de distorsion des échanges internationaux et provoquer des dislocations économiques dans de nombreux pays, avec des conséquences économiques et industrielles fortement négatives, tant pour l’économie américaine que pour les autres économies industrielles, dont une grande part de la présente prospérité repose sur les échanges internationaux.

En effet, compte tenu de la forte interdépendance des économies modernes et de la coopération technologique et industrielle qui s’est tissée entre elles au cours des dernières décennies, grâce à une forte expansion du commerce international réciproque, la perspective d’un retour en arrière pourrait s’avérer fort risquée et pourrait s’accompagner de conséquences économiques graves, possiblement très graves.

Donald Trump : un apprenti sorcier dans le commerce international ?

Est-il possible que le président américain Donald Trump se révèle être une sorte d’apprenti sorcier, eu égard à sa politique commerciale protectionniste ? Ce politicien semble, en effet, se complaire à provoquer des conflits commerciaux avec les autres pays industriels, allant du Canada, en passant par l’Europe, jusqu’à la Chine. Ce faisant, il pourrait déclencher une série d’événements, lesquels pourraient s’avérer être impossibles à contrôler ou à arrêter une fois mis en marche, avec des conséquences économiques très négatives. Quelles conséquences ? Ce pourrait être une sévère récession économique, du genre de celle vécue en 2008-2009 avec la Grand Récession, ou, potentiellement, dans le cas le plus extrême, ce pourrait mener à une dépression économique, semblable à celle que le monde a connue avant la Seconde Guerre mondiale.

En effet, pendant la grande dépression de 1929-1939, le commerce international, mesuré en dollars, chuta de 65 %, la production totale des États-Unis baissa de 47 %, les salaires de 42 % et le taux de chômage atteignit le niveau de 25 %. Ce fut véritablement un désastre économique, causé en grande partie par de mauvaises politiques économiques. Qui voudrait répéter une telle catastrophe ?

Donald Trump est-il prêt à répéter les erreurs des années 1930 ?

Aujourd'hui, la plupart des gens ont compris que le propriétaire d’hôtels et de casinos Donald Trump est un individu égocentrique à l’extrême, lequel gère le gouvernement américain comme il le faisait pour sa propre entreprise, alors qu’il était considéré dans le monde immobilier de New York être un opérateur impitoyable. Selon ses biographes, Trump était toujours à l’affût pour tirer la couverture de son côté et il n’hésitait pas à violer des règles et des contrats, lorsque cela pouvait faire son affaire. — Cependant, un gouvernement n’est pas une entreprise privée. Le citoyen Donald Trump n’a aucun titre de « propriété » sur le gouvernement américain. Celui-ci appartient au peuple américain et sa fonction première consiste à mettre en œuvre des politiques qui favorisent le bien commun, et non les intérêts privés d’un politicien mégalomane, ou ceux des membres de sa famille ou de ses donateurs électoraux.

Nous avons une idée de la pensée économique tordue de Donald Trump, si nous considérons ce qu’il a dit, en mars dernier, quand il a déclaré, dans un médium social, que « les guerres commerciales internationales sont bonnes et faciles à gagner » ! Je n’ai jamais entendu une déclaration aussi scandaleuse et aussi irresponsable sortir de la bouche d’un chef d'État, quoique dans le cas de Trump, cela semble être devenue monnaie courante.

Trump semble ignorer les leçons de l’histoire et de l’économie. Il ne semble pas avoir la moindre idée de la façon dont le commerce international et l’investissement international fonctionnent. De même, il ne semble pas comprendre que la raison première pour laquelle le dollar américain sert de moyen de paiement international largement accepté, et de devise clé pour les banques centrales de beaucoup de pays, est la conséquence directe de la politique américaine qui, dans le passé, visait à promouvoir des relations économiques internationales harmonieuses et multilatérales. C’est une position privilégiée qui a permis aux États-Unis de retirer des avantages économiques et financiers considérables.

Les idées économiques du président étasunien Donald Trump sont primitives, obsolètes et mercantilistes. Prenons, par exemple, sa prétention absurde selon laquelle un pays ne peut sortir « gagnant » d’une relation commerciale, à moins de dégager un excédent commercial avec tout le monde. Dans un contexte de commerce multilatéral, cela est impossible, en pratique. En effet, un pays peut enregistrer des excédents dans sa balance extérieure courante avec quelques pays, mais il est normal qu’il ait aussi des déficits avec d’autres pays. C’est là une conséquence normale du commerce multilatéral, si nous supposons, pour l’instant, une absence de mouvements de capitaux entre les pays.

Cependant, quand un pays peut faire appel à l’épargne internationale pour financer ses investissements au-delà de ses épargnes intérieures, comme c’est le cas de nos jours, cela lui permet d’avoir un excès d’investissements intérieurs par rapport à son épargne intérieure (sans inflation), et de stimuler ainsi son économie. En contrepartie des entrées nettes de capitaux, il enregistrera un déficit dans sa balance courante extérieure et ses importations annuelles de biens et de services dépasseront ses exportations. En effet, quand un pays emprunte des capitaux de l’étranger, sa dette extérieure nette s’accroît, mais cela lui permet de financer une hausse dans ses importations au-delà de ses exportations et d’accroître ses investissements. Ce faisant, le pays accroît sa dette extérieure nette (le passif moins les actifs du pays vis-à-vis le reste du monde), mais bénéficie d’une croissance économique accrue.

Or, à la fin de 2017, les États-Unis avaient une dette extérieure nette qui atteignait 7 845,8 milliards de dollars. Si le gouvernement de Donald Trump voulait sérieusement que l’économie américaine dégage un excédent commercial, plutôt qu’un déficit, dans sa balance courante extérieure, il devrait cesser lui-même demprunter massivement auprès d’autres pays pour financer son déficit budgétaire ($ 400 milliards en 2018), et il devrait prendre les mesures appropriées pour accroître l’épargne intérieure de manière à financer la totalité des investissements intérieurs américains.

Si les États-Unis sont un emprunteur net d’épargne étrangère, au cours d’une année donnée, ils doivent nécessairement enregistrer un déficit dans leur balance courante extérieure. Et, ce ne sont pas les incantations des politiciens américains qui peuvent changer quoi que ce soit à cette situation.

Le principe général ici est que la balance des paiements d’un pays s’équilibre toujours et qu’il y a un ajustement économique, (à travers les taux d’intérêt, les taux de change et les revenus), qui fait en sorte que ce soit le cas.

Qu’un individu, en position de chef d’état d’un important pays comme les États-Unis, ne semble pas comprendre ces principes économiques et comptables élémentaires, est un véritable scandale.

Donald Trump perd les pédales lorsqu’il parle de commerce international et veut hausser les taxes frontalières étasuniennes

Le jeudi 31 mai 2018 passera peut-être à l’histoire comme la date à laquelle Donald Trump déclencha une guerre commerciale à l’encontre de nombreux pays alliés, comme c’est le cas du Canada, membre du NORAD, et comme c’est aussi le cas de nombreux pays européens, membres de l’OTAN. Trump a aussi eu le culot de prétendre qu’il se lançait dans une guerre des tarifs pour des motifs de « sécurité nationale », ce qui n’est pas loin d’être une énorme supercherie, comme Trump en est capable car, pour lui, la fin justifie les moyens. En effet, Trump a fait reposer ses décisions sur un obscur article légal, l’article 232 de la loi commerciale américaine de 1962 (le ‘Trade Expansion Act’ de 1962), afin de n’avoir pas à soumettre ses décisions controversées à l’approbation du Congrès américain.

Dans le cas du Canada, l’une des demandes de Trump pour le maintien de la Zone de libre-échange nord-américaine de 1994 (ALÉNA) est d’insérer une clause temporelle pour mettre  automatiquement fin à l’accord commercial pour le renégocier, à tous les cinq (5) ans. Considérant que les entreprises planifient leurs investissements vingt ou trente ans à l’avance, seules des intentions malveillantes ou malicieuses pourraient expliquer pourquoi une telle demande aussi peu réaliste a pu être envisagée.

Quelles sont les conséquences négatives probables d’une guerre commerciale généralisée pour ses participants ?

- Tout d’abord, les industries exportatrices américaines, leur production et leur emploi seront fortement pénalisés et perturbés par les nouvelles taxes frontalières et les taxes similaires imposées par les autres pays, en représailles, sur les exportations américaines.
- Deuxièmement, les industries importatrices des États-Unis feront face à des prix plus élevés pour leurs approvisionnements, ce qui augmentera les prix pour les consommateurs et augmentera le taux d’inflation pour toute l’économie. N’oublions pas que les taxes à la frontière sont des taxes, et elles sont finalement payées par les consommateurs lorsqu’ils achètent des biens, allant des achats de jeans jusqu’à l’achat de maisons.
- Troisièmement, les entreprises américaines qui ont des installations à travers monde verront leur chaîne d’approvisionnement perturbée. Elles peuvent également faire face à un climat réglementaire moins favorable dans certains pays, en raison des politiques économiques hostiles de l’administration Trump. — Leur ligne de profit devrait en souffrir. Par exemple, pour l’année 2012 (dernière année pour laquelle des données sont disponibles), les sociétés américaines ont déclaré des bénéfices réalisés par leurs filiales étrangères de l’ordre de plus de mille milliards $. Les investisseurs américains ont bénéficié directement de ces revenus étrangers des filiales américaines.
- Quatrièmement, une hausse intérieure de l’inflation se traduira inévitablement par des taux d’intérêt plus élevés, laquelle hausse pourrait, tôt ou tard, faire dérailler le marché boursier, avec des pertes à prévoir possiblement fort importantes.
- Cinquièmement, à mesure que l’incertitude économique gagnera en intensité, les entreprises pourraient retarder leurs investissements, avec un danger de spirale économique à la baisse, un déclin de la productivité, des revenus abaissés, une contraction de l’emploi et des baisses dans les dépenses de consommation.
Les autres pays subiront des contractions similaires dans leurs économies de sorte que les répercussions multipliées seront mondiales.

C'est là un sombre scénario que le monde a déjà vécu dans le passé et que personne ne voudrait répéter. Pour ma part, je ne connais aucun économiste qui conseillerait un plan d’action comme celui que l’administration Trump semble vouloir entreprendre.

Ceux qui ignorent l’histoire sont condamnés à la répéter

En effet, les attaques frontales de l’administration républicaine Trump contre le commerce multilatéral semblent aussi irresponsables et risquées que la politique protectionniste du gouvernement républicain de Herbert Hoover, adoptée officiellement, le 17 juin 1930. Ce fut à cette date, en effet, que le président Hoover signa la fameuse Loi Smoot-Hawley, une loi qui imposait de lourdes taxes à l’importation et qui résulta en une baisse brutale des importations américaines. Cette politique protectionniste de l’administration Hoover provoqua une série de représailles commerciales de la part des autres pays, et elle contribua fortement à contracter le volume du commerce international. Le résultat fut de transformer une récession économique en une dépression économique mondiale qui dura dix ans.

Il est relativement facile pour les politiciens de déclencher une guerre commerciale. C’est beaucoup plus difficile d’y mettre un terme. Donald Trump n’a aucune connaissance ou compétence en matière d’économie et de finance internationales, et il ignore probablement aussi les dommages que l’administration républicaine Herbert Hoover a fait subir à l’économie américaine, quand il a précipité une baisse du commerce international et contracté les flux financiers internationaux.

Que Donald Trump veuille répéter, 88 ans plus tard, les erreurs de l’administration Hoover est difficile à comprendre. [N.B. : Le Président Herbert Hoover (1874-1964) fut rondement défait par Franklin D. Roosevelt (1882-1945), lors de l’élection présidentielle de 1932]. En effet, pourquoi Donald Trump voudrait-il épouser la dangereuse doctrine de l’isolationnisme économique et, tôt ou tard, celle de l’isolationnisme politique pour les États-Unis, avec ses attaques à l’emporte-pièce et mal avisées contre le commerce international, et risquer ainsi la prospérité de économie mondiale ? Il devrait savoir qu’en ce faisant, il fera beaucoup de tort à l’économie américaine, aux sociétés américaines, aux travailleurs américains et aux consommateurs américains, ainsi qu’à l’économie mondiale.

En fait, Trump risque rien de moins que de détruire le système de coopération économique internationale, érigé après la Seconde Guerre mondiale, lequel a été immensément profitable aux États-Unis, et lequel a permis d’élever le niveau de vie, non seulement aux États-Unis, mais dans beaucoup d’autres pays. Les sociétés américaines et les banques américaines, et leurs employés, ont particulièrement bénéficié des économies d'échelle, de la spécialisation économique et des gains de productivité (la baisse des coûts de production) que l’ouverture et la stabilité des marchés ont permis.

Les motivations politiques partisanes de Donald Trump

Pourquoi l’administration Trump voudrait-elle emprunter la voie fort risquée du protectionnisme des années 1930 ? Ce n’est certainement pas pour des motifs économiques immédiats, puisque l’économie américaine fonctionne présentement à plein... À moins, bien sûr, que ce qui guide vraiment Donald Trump soit une obsession politique personnelle à mesure que l’on se rapproche des élections américaines de mi-mandat de novembre prochain. Les sondages indiquent, en effet, que les politiques fiscales de Trump et d’autres politiques mises de l’avant au profit des ploutocrates, tout en augmentant la dette publique, ne sont pas très populaires parmi la population en général.

C’est pourquoi, un recours à des politiques commerciales populistes pourrait offrir aux Républicains, du moins à court terme et dans quelques états en perte de vitesse industrielle, une possible bouée de sauvetage électorale. En d’autres termes, Donald Trump et le Parti républicain pourraient penser bénéficier politiquement d’une montée du nationalisme économique et du protectionnisme douanier, dans quelques états industriels clés. Ce ne serait pas avant plusieurs mois que les effets pervers d’une guerre commerciale apparaîtront aux yeux du public américain.

Si cela était le cas, ce serait un exemple d’opportunisme politique dans le but d’engranger des gains politiques partisans. Ce serait un cas de gain politique à court terme, au prix d’une douleur économique à plus long terme.

Conclusion

La conclusion est inéluctable. Ce serait fort irresponsable pour Donald Trump de déclencher une guerre commerciale, notamment contre des pays alliés, alors que l’économie américaine est déjà en pleine phase de prospérité. Règle générale, les politiciens ne devraient pas jouer avec l’économie à des fins politiques partisanes.

La plupart des Américains, qu’ils soient travailleurs ou consommateurs, devront payer un prix élevé lorsque les entreprises américaines subiront le contrecoup des nouvelles taxes douanières et devront hausser leurs prix. La même chose se produira dans les autres pays victimes des taxes américaines à l’importation. Le protectionnisme a déjà été essayé et cela ne fonctionne pas.

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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal et un ancien ministre dans le gouvernement québécois.

On peut le contacter à l’adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com.

Visiter le site de l’auteur en français :

Il est l’auteur du livre « Le nouvel empire américain » et du livre « Le Code pour une éthique globale  ».

Prière de faire suivre l’article.


Mis en ligne, le mardi, 5 juin 2018.
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© 2018 by Prof. Rodrigue Tremblay, économiste.
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Donald Trump : Est-il trop dangereux pour être un chef d’État ?



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Lundi, le 26 mars 2018
Donald Trump : Est-il trop dangereux pour être un chef d’État ?
Auteur du livre « Le nouvel empire américain » et du livre « Le Code pour une éthique globale ».


« Nous [les États-Unis d’Amérique] avons dépensé $2 billions de dollars, perdu des milliers de vies. ... De toute évidence, ce fut une erreur ... George W. Bush a fait une erreur. Nous pouvons faire des erreurs. Mais celle-là fut toute une beauté. Nous n’aurions jamais du aller en Irak. Nous avons déstabilisé le Moyen-Orient ...
—Ils [Le président George W. Bush et le vice-président Dick Cheney] ont menti ... Ils ont dit qu'il y avait des armes de destruction massive. Il n'y en avait pas. Et ils savaient qu'il n’y en avait pas. Il n'y avait pas d'armes de destruction massive. » Donald Trump (1946- ), propos tenus au cours d'un débat présidentiel du parti républicain sur la chaîne CBS, le samedi 13 février, 2016.

« La déficience mentale et un penchant criminel ne s'excluent pas mutuellement; non seulement ils peuvent se produire en même temps, mais une fois combinés, ces deux caractéristiques deviennent particulièrement dangereuses. » Bandy X Lee (1970-), psychiatre et professeur à la Yale School of Medicine et éditeur du livre 'Le cas dangereux de Donald Trump: 27 psychiatres et experts en santé mentale évaluent un président’, 2017.

« Un autocrate en devenir est typiquement une personne élue tout en étant anti établissement et qui dédaigne les normes, remet en question la légitimité de ses adversaires politiques, tolère la violence et est enclin à violer le principe de la liberté de la presse. » Steven Levitsky (1968-) et Daniel Ziblatt (1972-), (dans leur livre How Democracies Die (‘Comment les démocraties meurent’), 2018, 312 p.)

« … Un empire c'est le despotisme et un empereur c'est un despote, lié par aucune loi ou limitation si ce n'est sa seule volonté ; c'est l'extension de la tyrannie au de la de la monarchie absolue. Car, bien que la volonté du monarque fasse loi, ses édits doivent être enregistrés par les parlements. Même cette formalité n'est pas nécessaire dans un empire. »
John Adams (1735-1826) 2ème président américain (1797-1801), (tiré de The Political Writings of John Adams: Representative Selections’, 2003)

« Connaître et ne pas savoir, être conscient de la vérité complète tout en racontant des mensonges soigneusement construits, émettre simultanément deux opinions qui s'annulent, en sachant bien qu'elles sont contradictoires et en les croyant toutes les deux, confronter la logique contre la logique, répudier la moralité tout en prétendant y souscrire...
Raconter délibérément des mensonges en croyant réellement en eux, passer sous silence tout ce qui est devenu gênant, puis, quand cela devient nécessaire, le retirer de l'oubli aussi longtemps que nécessaire, nier l'existence de la réalité objective ... »  George Orwell (Eric Arthur Blair) (1903-1950), romancier anglais, essayiste et critique social, (dans son livre« 1984 », 1949, chap.2)

Introduction

Le président étasunien Donald Trump (1946-), en tant que politicien, a réussi à attirer vers lui des électeurs insatisfaits ou partiellement insatisfaits de leur situation économique ou sociale. En effet, les inégalités de revenu et de richesse ne cessent de s’accroître aux États-Unis, et la balance penche du côté des gagnants, même si les perdants sont beaucoup plus nombreux. De plus, ces derniers n’ont pas été compensés sous la forme de programmes de perfectionnement ou de programmes sociaux plus accessibles. En d'autres termes, de nombreux Américains sont aujourd’hui désillusionnés face aux chances de réaliser le rêve américain et la façon dont le système et les politiques publiques les désavantagent. Trump attirent également les électeurs intéressés par une seule question de politique.

Tout cela crée un terrain fertile pour un politicien populiste. Cela est arrivé ailleurs, et cela est une réalité politique aujourd’hui aux États-Unis. Par contre, il est aussi normal que Donald Trump soit fortement contesté par divers establishments et conspué par ceux et celles à qui son populisme répugne.

Mais au-delà des considérations purement personnelles qu’ont les gens de l’appuyer ou de le combattre, quels sont les traits de caractère de ce néophyte en politique qui font peur, et pas seulement aux États-Unis ?

À titre d’exemple, certains observateurs ont tracé un parallèle entre l'actuel occupant de la Maison Blanche et l’empereur décadent Caligula (12-41 EC) de la Rome Antique. Caligula était un populiste autocratique, imprévisible, déséquilibré et narcissiste à l’extrême, qui manquait de retenue. C’était aussi un sociopathe qui aimait offenser et humilier les gens. De plus, Caligula voyait la politique comme un spectacle. Les historiens relatent qu’il se complaisait dans la pornographie et dans le sexe, et qu’il affectionnait perturber et mépriser les institutions. C’était un va-t’en-guerre accompli qui courtisait l’armée.

Un auteur de biographie trouve aussi des similitudes croissantes entre le comportement de Trump, comme politicien, et le dictateur nazi Adolf Hitler (1889-1945), en puisant à même son livre dont le titre est ‘Pourquoi Hitler ? Enquête sur l’origine du mal’, 1998. En effet, Ron Rosenbaum (1946- ) explique comment les attaques répétées de Trump contre les médias et les tribunaux ressemblent à une tactique employée, en Allemagne par Hitler, pour consolider son pouvoir. L’histoire a un moyen de se répéter et personne ne devrait penser que des expériences passées désastreuses ne peuvent pas se reproduire de nos jours.

Peu importe si cela est le cas ou non, ce que l’on peut dire, en toute certitude, c’est que jamais dans toute son histoire les États-Unis n’ont été confrontés à un président aussi atypique que ce que Donald Trump représente. Des personnes qui le connaissent bien ont même lancé l’alerte que M. Trump était « profondément malade mentalement », qu’il « n’était pas connecté à la réalité » et de plus, qu’il perdait facilement patience et qu’il agissait souvent sous l’effet de la colère, dans des élans de pure folie. Ce sont là, on en conviendra, des traits de caractère très dangereux pour un président des États-Unis, si tout cela est véridique.

En effet, la Maison Blanche avec Trump à sa tête semble être continuellement en proie à la tourmente, au désarroi et, à certaines occasions, se retrouve en plein chaos, et que le président étasunien montrait des signes probants d’être mentalement instable et d’agir impulsivement, comme une sorte d’électron libre, dans presque tout ce qu’il fait. Trump est aussi une personne qui recourt souvent au bluff et qui est obsédée par la vengeance, n’hésitant pas à congédier les gens à tour de bras pour n’importe laquelle raison, parfois d’une manière tout à fait ignoble. Ce devrait certainement être un autre signal d’alarme et de consternation.

Il vaut la peine ici de rappeler ce que déclara l’ancien directeur de la CIA sous Barack Obama, M. John Brennan (1955-), se référant à Donald Trump et à son congédiement mesquin du no 2 du FBI, M. Andrew McCabe (1968- ), le vendredi 16 mars 2018, quelques heures avant que ce dernier ne devienne admissible à une pension :
« Lorsque l’étendue complète de votre vénalité, de votre turpitude morale et de votre corruption politique sera connue, vous occuperez votre juste place parmi les démagogues déshonorés dans les poubelles de l’histoire. Vous pouvez faire d’Andy McCabe un bouc émissaire, mais vous ne détruirez pas l’Amérique… L’Amérique triomphera de vous. »

Récemment, par exemple, on rapporte que Donald Trump a voulu déclencher une guerre commerciale internationale pour la raison puérile qu’il ne voulait pas qu’on « rit de lui » ! C’est quelque chose de fort troublant, car cela repose sur une pensée économique erronée et sur de fausses données. Un président américain fortement protectionniste peut faire beaucoup de mal à l’économie mondiale.— Le principal conseiller économique de Trump, Gary Cohn, en avait assez de cette folie et il démissionna sur le champ. Trump ne veut autour de lui que des « faire-valoir ».
Dans les prochains mois, je crains fort que les consommateurs américains et les marchés boursiers mondiaux donnent leur propre évaluation de la folie économique de Trump, et ce ne sera pas joli.

Par conséquent, plusieurs observateurs en sont venus à la conclusion que M. Trump n’est pas assez mature et pas assez compétent pour occuper le poste de président des États-Unis. Dans son livre « Feu et Fureur: à l’intérieur de la maison blanche de Trump », l’auteur Michael Wolff écrit que « Trump mène la vie ... d’un personnage de fiction », un homme distrait, souvent coupé de la réalité, tout à fait à l’aise de s'appuyer sur de soi-disant « faits alternatifs », faux et subjectifs. Pour de telles personnes, seules les apparences comptent, pas la réalité.
Des personnes qui le suivent de près l’ont qualifié d’imprévisible et d’incohérent. En effet, l’inconsistance intellectuelle de Trump dépasse l’entendement. Il peut adopter, presque simultanément, deux positions opposées sans broncher … et sans s’excuser.

Et, comme si cela n’était pas assez sérieux, Donald Trump n’a pris aucune mesure pour éviter l’apparence et la réalité de conflits d’intérêts découlant de sa fonction, dont le moindre n’est pas celui d’un niveau de népotisme rarement vu à la Maison Blanche.

Essayons d’y voir un peu plus clair et complétons le tableau politique étasunien :

1. Le système électoral américain favorise les républicains

Premièrement, disons que c’est une des particularités du système démocratique américain qu’il arrive assez fréquemment que le candidat gagnant qui devient président reçoive moins de votes dans l’ensemble du pays que le candidat perdant. Il arrive même que le candidat perdant reçoive une majorité des votes et ne soit quand même pas élu. Cela s’est produit en 1876.

En effet, ce n’est pas nécessairement le vote populaire qui fait en sorte d’élire le président américain, mais le vote de quelques centaines de « grands électeurs », choisis dans chacun des 50 états, selon le système du Collège électoral. Ce système est à l’avantage des candidats républicains et il défavorise les candidats démocrates, parce qu’il accorde moins de poids aux votes dans les états très peuplés qu’à ceux des états moins peuplés.

À titre d’exemple, selon les résultats officiels de l’élection présidentielle de 2016, la candidate démocrate Hillary Clinton reçut 48,5 % des votes populaires (65 953 516 votes) mais ne reçut l’appui que de 232 « grands électeurs » sur un total de 538, ou 43,12 % de ces derniers. En contrepartie, le candidat républicain Donald Trump ne récolta que 46,09 % des votes nationaux (62 984 825 votes) mais 306 ou 56,9 % des « grands électeurs » votèrent en sa faveur. Et c’est Donald Trump qui devint président.

Remarquez bien qu’en 2000, le candidat républicain George W. Bush avait aussi reçu un demi million de votes en moins que le candidat démocrate Al Gore, mais le système du Collège électoral fit en sorte d’élire quand même George W. Bush président. — En 1876 et en 1888, un résultat similaire fit en sorte que des candidats républicains furent élus président étasunien, tout en recevant moins de votes que les candidats démocrates. — On peut donc dire que le système du Collège électoral américain tend à favoriser les candidats républicains, lesquels sont habituellement plus conservateurs.

2- Trump est égocentrique et autoritaire

Côté personnel, l’actuel président américain Donald Trump ne semble pas avoir beaucoup de principes personnels. Il semble être égocentrique et il a tendance à tout ramener à sa personne : si quelqu’un ou quelque chose lui donne du plaisir, du prestige ou de l’argent, il est tout à fait pour. Aucun autre président étasunien avant lui n’a osé étaler publiquement ses sentiments et ses insultes gratuites à l’endroit d’autres personnes, et même ses politiques, sur un medium social comme Twitter, à tel point que Donald Trump a été qualifié de « Bambin en chef » !

C’est pourquoi Donald Trump est une personnalité politique très atypique, même pour les États-Unis, un pays où l’argent joue un rôle déterminant en politique. En tant que magnat de l’immobilier, propriétaire d’hôtels et de casinos, entre autres possessions, Trump a apporté dans ses bagages à la Maison Blanche l’éthique autoritaire que l’on retrouve dans certains coins sombres de cette industrie, une éthique de ploutocrate que l’on peut qualifier d’impitoyable.

Habitué à diriger seul son empire immobilier, il était fort mal préparé pour être à la tête d’un gouvernement démocratique, lequel est, par définition, décentralisé. Cependant, son approche autoritaire semble plaire à ses supporteurs. En fait, Trump agit comme s’il était le représentant des durs-à-cuire à la Maison Blanche.

Dans un nouveau livre intitulé « Comment les démocraties meurent », deux politologues (Steven Levitsky et Daniel Ziblatt de l’université de Harvard) ont identifié quatre facteurs qui permettent de déterminer si un leader politique est un autoritaire dangereux :
1. Le leader montre seulement un faible engagement envers les règles démocratiques ;
2. Il ou elle nie la légitimité des opposants ;
3. Il ou elle tolère la violence ;
4. Il ou elle montre une volonté de restreindre les libertés civiles ou la liberté des médias.

Selon les auteurs, « un politicien qui répond même à l’un de ces critères devrait être une source de préoccupation. » Malheureusement, à leurs yeux, « Donald Trump les rencontre tous »!
En ce qui a trait la violence, Trump n’a pas hésité à nommer une tortionnaire pour diriger le C.I.A. La torture est une pratique immorale qu’il a lui-même endossée dans le passé.

Fondamentalement, Donald Trump est un démagogue sans aucun  scrupule — étant à la fois populiste et autoritaire — le type de ceux qui sont devenus dictateur dans d’autres pays. Cela devrait être une source de préoccupation parce que depuis quelques temps déjà, les présidents américains ont étiré la loi afin de gouverner par ordonnance, c’est-à-dire, en émettant des décrets. Ils s’en ont servi notamment pour garder les États-Unis sur un pied de guerre permanent. Donald Trump a élargie cette pratique et l’a élevée à un nouveau niveau. En effet, au cours de sa première année au pouvoir, c’est pas moins de 58 décrets que le président Trump a émis, en plus de signer une trentaine de soi-disant « proclamations », sans qu’il y ait quelque contribution que ce soit venant du Congrès.

Il est peut-être normal que certains chefs d’entreprise soutiennent le gouvernement de Donald Trump, surtout s’ils peuvent en retirer des avantages pécuniaires, (s’ils reçoivent, par exemple, d’énormes allégements fiscaux financés à même une hausse de la dette publique). Ce peut être aussi le cas de politiciens prêts à danser avec le diable si cela peut faire avancer leur carrière. Cependant, c’est une autre affaire lorsque Trump étend son culte de la personnalité aux fonctionnaires de carrière américains, lesquels sont censés être au service de la nation et doivent défendre la Constitution, et non pas être placés dans l’obligation de prêter allégeance à une personne qui siège temporairement à la Maison Blanche.

On peut aussi trouver étrange que Donald Trump s’applaudisse lui-même. Cependant, quand il demande, d’une manière insistante, d’être applaudi quand il parle, qu’il dise ou non la vérité, et quand il va jusqu’à prétendre que ce serait « anti-américain » de ne point l’applaudir, cela devrait soulever quelques inquiétudes !

Par conséquent, on ne doit guère se surprendre que Trump suscite un certain dégoût aux États-Unis pour son caractère insupportable. En effet, les sondages montrent qu’une majorité d'Américains ne peuvent tout simplement pas le sentir. Il met même ses partisans dans l’embarras.

3- Trump parle et agit comme un sociopathe qui aime rendre les gens misérables

Ce serait presque amusant si ce n’était pas potentiellement si tragique. En effet, Trump est plus qu’un malappris qui ne respecte aucune règle de bienséance et qui ignore la logique. C’est aussi un politicien qui sent le besoin de se vanter continuellement et qui a besoin de constamment exagérer et de surestimer. En effet, aucun autre président américain avant lui ne peut l’égaler en tant qu'adepte de l’autocongratulation, car Trump maîtrise à la perfection l’art de se glorifier lui-même. Il semble souffrir d’une mégalomanie avancée. En fait, il est passé expert à se déclarer faussement un expert dans à peu près tout, en plus de se déclarer, à l’occasion, être un génie autoproclamé.

Trump a aussi avoué qu’il aimait « rendre la vie des gens misérable », c’est-à-dire la vie des journalistes, des auteurs, de compétiteurs et de tous ceux qui tombent dans ses mauvaises grâces. Un exemple, parmi des centaines, sinon des milliers d’autres poursuites sans fondement, est sa poursuite-baillon, frivole mais très coûteuse, en perte de temps et d’argent, contre l’auteur Timothy O'Brien pour avoir écrit le livre “TrumpNation”. Après avoir perdu en cour, Trump a déclaré au journal Washington Post : « Je l’ai fait pour rendre la vie d’O’Brien misérable, ce dont je suis fort heureux. » On conviendra que c’est là une pratique que seul un sadique très malveillant peut adopter, en violant ouvertement le droit du peuple d’avoir une presse libre et celui de tout citoyen ou citoyenne de pouvoir jouir de la liberté d’expression dans un pays démocratique.

4- Trump est reconnu comme étant un menteur compulsif

C’est aussi un fanfaron impétueux en plus d'être, comme de nombreuses allégations publiques le présentent, un obsédé sexuel. Il est aussi présumé être un prédateur sexuel en série qui aime dénigrer les femmes.

L'ancien vice-président Joe Biden (1942- ) n'a pas mâché ses mots, quand il s’adressait à un rassemblement anti-agression sexuelle, à l’Université de Miami, le mardi 20 mars dernier, disant aux étudiants ce qu'il pensait de Donald Trump et sa façon de traiter les femmes :
« Si nous avions été au même lycée, je l'aurais emmené [Donald Trump] derrière la salle de gym et je l’aurais rossé pour son manque de respect envers les femmes. »

Il est bien connu maintenant que Donald Trump est un menteur compulsif. Il semble craindre la vérité comme la peste. Fondamentalement, cela est du au fait qu’il est intellectuellement malhonnête. C’est sans doute la principale raison pour laquelle ses avocats s’opposent à ce qu’il témoigne seul et sous serment dans l’enquête du juge d’instruction extraordinaire Robert Mueller, sur sa prétendue collusion électorale avec la Russie.

Dans ses déclarations publiques, cependant, Trump feint d’être disposé à se laisser interroger sous serment par Robert Mueller, déclarant: "« Je suis impatient d’y participer, en effet » ; « et, je le ferai sous serment ». — Cela est plus que douteux. — C’est probablement un autre exemple d’une mascarade de « bon flic-mauvais flic » de la part de Trump, parce qu’en réalité, il n’acceptera jamais d’être interrogé sous serment, sans la présence de ses avocats, et il blâmera à coup sûr ses avocats pour une autre de ses voltefaces.
C’est aussi la raison pour laquelle Trump n’a tenu qu’une seule conférence de presse formelle depuis son entrée en fonction, contrairement à ses prédécesseurs, lesquels en tenaient une à chaque mois, afin d’éviter d’être questionné par des journalistes chevronnés. Il préfère plutôt tenir des ralliements politiques partisans où personne ne peut le contredire ou lui voler la vedette.

5- Trump n’est pas le genre de personne à qui confier le contrôle d’armements nucléaires

Même si l’on pouvait réfuter la moitié de ce qui a été écrit sur lui, c’est-à-dire ses excentricités, ses mises en scène risibles, ses raisonnements absurdes, et ses mensonges, Donald Trump serait encore une sorte de monstre immonde. Et on n’insistera jamais assez pour dire que c’est un homme dangereux à qui confier le pouvoir, surtout aux États-Unis avec son énorme arsenal d’engins nucléaires. Trump est en effet une personne instable et irresponsable ; il a peu de jugement, il est erratique et imprudent, et il est un va-t’en-guerre impulsif. Il emploie constamment un ton belliqueux dans ses relations avec les dirigeants d’autres pays. C’est une très mauvaise combinaison pour un chef d’état dans un monde complexe comme le nôtre.

Et pour compléter le portrait, considérons le souhait qu’a formulé Donald Trump de revenir à une époque révolue où des leaders totalitaires bien connus organisaient de grands spectacles publics de force militaire. En effet, Trump a demandé à « ses généraux » de préparer un pompeux et « grandiose » défilé militaire de plusieurs millions de dollars, en son honneur, à Washington D.C., le jour du Souvenir, le tout avec des soldats en uniforme qui défileraient en rangs serrés sur l’Avenue Pennsylvania, avec des avions et des hélicoptères bourdonnant autour du Washington Monument et avec des chars d’assaut ‘Abrams’ de 70 tonnes et des missiles ‘Patriot’ roulant devant la loge du président. Trump semble avoir eu cette idée après avoir assisté au déploiement militaire français le 14 juillet dernier. C’est un peu comme si un puéril Trump avait vu un jouet dans la cour du voisin et aurait dit « j’en veux un moi aussi ! »

Un tel spectacle de Pow Wow militaire confirmerait, si besoin en est, de l’engouement de Trump pour les jouets militaires. Ce serait un rappel des défilés militaires sur la Place Rouge de l’ancienne Union Soviétique ou des défilés militaires plus récents de la Corée du Nord, pour étaler ses missiles. Ce serait toute une ironie, en effet, si les États-Unis, lesquels combattirent l’Allemagne fasciste pendant la Seconde Guerre mondiale, adoptaient des pratiques et des apparats fascistes à leur tour, trois quarts de siècle plus tard.

En ce qui concerne l’accès aux armes nucléaire, Tom Collina, directeur des politiques d’un Fonds anti-nucléaire, a noté qu'un sondage récent indique que 60 % des Américains ne font pas confiance à Trump avec les armes nucléaires. En conséquence, il a conclu: « la population a raison de se méfier de Trump avec des armes nucléaires, et nous devons tous nous exprimer et nous opposer à ces nouvelles politiques risquées ». — Je suis entièrement d’accord.

Trump n’est pas seulement une personne insensible qui n’a d’empathie pour personne d’autre que pour lui-même, il pourrait aussi se transformer en un psychopathe génocidaire quand il parle ouvertement du fait que c’est « le calme avant la tempête », et quand il dit (à propos de la Corée du Nord) que ce pays « goûtera au feu, à la fureur et à une force que franchement le monde n’a jamais vu auparavant », menaçant même de « détruire totalement la Corée du Nord », un pays de plus de 25 millions d’habitants! Cela est d’autant plus scandaleux que Donald Trump a proféré cette menace insensée lors d'un discours aux Nations Unies, une organisation spécifiquement créée pour éviter la guerre.

Par conséquent, on ne peut exclure complètement la possibilité d’actes immondes de sauvagerie venant de l’administration Trump dans les mois et les années à venir. La désorganisation actuelle dans la Maison Blanche de Donald Trump pourrait conduire à des catastrophes humaines, compte tenu de l’instabilité du caractère du président étasunien et du manque de courage moral et de vision de la part des dirigeants républicains actuels à la fois à la Chambre des Représentants et au Sénat.

6- On peut s'attendre à ce que Trump se tourne vers des trucs du genre "wag the dog" pour se tirer d'affaire

C’est une pratique courante chez certains présidents américains de recourir à la tactique du « wag the dog » (littéralement « laisser la queue remuer le chien »), c'est-à-dire une pratique qui consiste à créer une diversion pour faire oublier des problèmes politiques intérieurs ou personnels, en provoquant des conflits militaires à l’étranger.

Sur ce point, depuis que les problèmes domestiques de Trump s'accumulent présentement, avec une série de procès intentés par des femmes avec qui il a eu des affaires dans le passé, avec de graves allégations que des gouvernements étrangers ont été impliqués dans son élection, et avec le rapport à venir du juge d’instruction extraordinaire qui pourrait lancer des accusations d'obstruction de la justice contre lui, on peut s'attendre à ce qu'il veuille détourner l'attention de ses problèmes et qu’il prenne des décisions stratégiques risquées, voire catastrophiques. En fait, c'est un modus operandi chez lui de tenter de détourner l'attention de ses problèmes personnels en créant des problèmes ailleurs.

Il ne faut pas oublier que Donald Trump est la première personne à être élue président des États-Unis sans avoir quelque expérience politique ou militaire que ce soit. Tout récemment, Trump s'est entouré de personnes, genre faire-valoir, qui sont des partisans immoraux de la torture et des défenseurs belliqueux de la pratique de provoquer des changements de régime dans d’autres pays. Le summum du cynisme de sa part — considérant qu’il a fait campagne en répétant constamment que la guerre d’agression de Bush-Cheney, lancée en 2003 contre l’Irak, a été un désastre et une décision stupide — s’est produit le jeudi 22 mars, quand il nomma l’un des architectes néoconservateurs de la guerre en Irak en la personne du très belliqueux et va-t-en-guerre John Bolton, en tant que son conseiller de la sécurité nationale. Je pense que les États-Unis d’Amérique ont un gros problème en ayant un tel individu comme président.

Conclusion

Tout en gardant à l’esprit ce que j’ai écrit dans l’introduction de cet article, et les motifs rationnels pour lesquels ses supporteurs l’appuient, Donald Trump n’en demeure pas moins un empereur sans vêtements, et ce n’est pas une dissonance cognitive de la part de ses partisans qui peut occulter ce simple fait.

En effet, quand tout est dit et pris en considération, il est impossible de ne point conclure qu’il y ait quelque chose de fondamentalement malsain chez Donald Trump. De nombreux experts et observateurs ont averti le monde que son état d’esprit était un danger pour la sécurité publique. Les républicains, en particulier, ceux qui présentement contrôlent le Congrès des États-Unis, doivent savoir qu’ils ont la responsabilité de réfléchir et d’agir en fonction de ces renseignements avant que des dommages irréparables ne soient causés. Si Trump devait faire quelque chose de catastrophique dans les semaines ou les mois à venir, au plan économique ou militaire, ces républicains au Congrès étasunien devront en assumer une grande part de responsabilité personnelle et collective.

Il y a plus d’un an, à cause de son manque de sérieux et de préparation, j’ai fait la mise en garde à l’effet que Donald Trump, comme président étasunien, allait être « une menace pour la démocratie américaine et un facteur de chaos pour le monde ». Malheureusement, chaque jour semble apporter de nouvelles confirmations de cette évaluation.

Par conséquent, avec le temps, les motifs pour destituer Donald Trump vont devenir de plus en plus irréfutables. Son départ de la Maison Blanche deviendra de plus en plus une affaire urgente et deviendra de plus en plus impératif. Il y a fort à parier, en effet, que des procédures pour sa destitution comme président étasunien seront rapidement lancées, si le parti démocrate prend le contrôle de la Chambre des Représentants lors des élections de mi-mandat de cet automne, ou possiblement plus tôt, si suffisamment de Républicains s’ouvrent les yeux auparavant.


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 Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal et un ancien ministre dans le gouvernement québécois.

On peut le contacter à l’adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com.

Il est l’auteur du livre « Le nouvel empire américain » et du livre « Le Code pour une éthique globale  ».

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Mis en ligne, le lundi 26 mars 2018.
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